Que peuvent bien avoir à nous apprendre les expressions artistiques léguées par les siècles passés, toutes ces
vieilleries qui nous paraissent si éloignées des enjeux du monde dans lequel nous vivons aujourd'hui ? En quoi faisaient-elles sens à l'époque où elles ont été conçues ? Ces deux
questions constitueront l'essentiel de la substance de ce site, qui se veut avant tout espace de partage et d'échange autour de la musique, de la peinture ou de la littérature du Moyen-Âge
jusqu'au milieu du XXe siècle, avec quelques échappées plus contemporaines. Sans préjugés et avec toute la modestie qu'imposent naturellement les limites de mes connaissances, je vous
propose de m'accompagner à la passée des arts.
NB : tous les fichiers musicaux
proposés sur ce site, en dehors de ceux insérés via des sites légaux, sont issus de ma propre discothèque. Ils ne sont ni téléchargés, ni téléchargeables, et demeurent, à mon sens, un des
meilleurs moyens pour faire connaître le travail des artistes qu'ils documentent. Cependant, si un des ayants droit trouvait à redire à leur mise en ligne, il lui appartient de me le faire
connaître et l'extrait incriminé sera retiré dans les meilleurs délais.
Adresse de contact : jeanchristophe@passee-des-arts.com
Adriaen Isenbrant (actif à Bruges de 1510 à sa mort en 1551),
Homme pesant de l’or, c.1515-20. Huile sur bois, 50,8 x 30,5 cm, New-York, Metropolitan Museum.
Créée au début de cette année à la demande des lecteurs, la distinction Incontournable Passée des arts, matérialisée
par le logotype ci-dessous, vise à signaler les disques que leur qualité interprétative, la rareté des répertoires qu’ils proposent, le soin accordé à leur réalisation désignent comme
particulièrement remarquables. Par principe, ce blog ne vous propose de découvrir que des enregistrements que j’ai estimé, dans la limite de mes compétences et de mes capacités d’écoute,
présenter toutes les garanties souhaitables de qualité et auxquels j’ai pu consacrer le temps de réflexion nécessaire.
En dépit d’une crise qui ne cesse de se préciser, l’année discographique 2011 a été d’une grande richesse, malgré une certaine propension
au resserrement autour de répertoires connus, particulièrement dans le domaine de la musique baroque, où Bach, mais aussi Händel et Vivaldi sont plus que jamais regardés comme des placements
sûrs, avec l’encombrement qui en résulte. Parmi la petite moitié des cinquante enregistrements chroniqués cette année sur Passée des arts s’étant vu attribuer un Incontournable,
j’en ai, comme l’année dernière (voir ici), sélectionné douze qui m’ont semblé refléter le meilleur de ce que j’ai pu écouter, en excluant volontairement deux excellentes rééditions (Brescianello par La Cetra, Sainte Colombe par Kuijken et Savall) afin de ne confronter que des réalisations récentes. Je vous les propose ci-dessous, accompagnés, à chaque fois,
d’un des extraits inclus dans la chronique originale qu’il vous est possible de lire intégralement en cliquant sur l’image de la pochette du disque concerné.
« L’interprétation offerte de ces pages inédites de Paminger par le quatuor vocal masculin Stimmwerck est splendide de bout
en bout. Ceux qui ont pu se familiariser avec l’esthétique de l’ensemble allemand au fil de ses précédentes réalisations retrouveront ici son impeccable cohésion, son souci de la lisibilité
polyphonique, sa capacité à apporter un indéniable souffle en même temps qu’une incroyable transparence aux musiques dont il s’empare… »
Leonhard
Paminger (1495-1567), Œuvres vocales sacrées. Sigismund Paminger (1539-1571), O Mensch, bewein dein Sünde groß. Stimmwerck. 1 CD Christophorus CHR 77331.
« Le soin extrême accordé aux variations de rythmes et de couleurs, l’intelligence rhétorique qui sous-tend la conduite
et la relance du discours permettent à des pièces qu’un abord trop austère aurait pu rendre ennuyeuses de ne pas connaître le moindre moment de relâchement et prouvent que Bruno Boterf a pris
tout le temps nécessaire pour mûrir sa vision, très loin du culte de l’effet facile et de la superficialité dans lequel certains s’embourbent. »
Claude Le Jeune (c.1530-1600), Dix Pseaumes de David. Ludus Modalis, Bruno Boterf, ténor
& direction. 1 CD Ramée RAM 1005.
« Les nombreuses difficultés de restitution induites par l’ancienneté des répertoires abordés dans ce disque
nécessitent des interprètes qui sachent faire montre d’autant de rigueur que de liberté. La Scola Metensis en s’appuyant sur ces qualités et bien d’autres, parvient à faire des Chants des
Trois Évêchés autre chose qu’un parcours documentaire ou muséal, une véritable expérience musicale pleine de vie et d’émotion qui conjugue parfaitement érudition et
plaisir. »
Chants des Trois Évêchés, chants sacrés de la Lorraine médiévale. Scola Metensis. Marie-Reine
Demollière, chant & direction. 1 CD Ligia Digital Lidi 0202224-11.
Extrait proposé :
Attribué à Léon IX (1002-1054), Gloria in excelsis, Hymne (Tropaire-Prosaire, Metz, ms. 452 & Fragments d’Einsiedeln, ms. 366)
« L’interprétation que donne Michel Corboz (…) est plus que convaincante : bouleversante. (…) pétrie de ferveur
et d’humilité, [elle] m’apparaît comme profondément, intimement sentie et sincère, un de ces moments rares et particulièrement émouvants, que traversent parfois les ineffables lueurs de
l’adieu, où un musicien d’exception nous laisse entrevoir quelques reflets de son âme. »
Charles Gounod (1818-1893), Requiem en ut majeur (transcription pour quintette à cordes,
harpe, chœur et orgue d’Henri Büsser), Messe chorale sur l’intonation de la liturgie catholique en sol mineur. Charlotte Müller-Perrier, soprano, Valérie Bonnard, alto, Christophe
Einhorn, ténor, Christian Immler, basse. Ensemble Vocal et Instrumental de Lausanne. Michel Corboz, direction. 1 CD Mirare MIR 129.
« C’est en ancrant son propos dans cette parfaite compréhension du contexte dans lequel l’œuvre a été conçue, cette
guerre de Trente Ans dont le cortège d’horreurs, rappelons-le, a remis la méditation sur la mort au centre des préoccupations quotidiennes, que cette version de Vox Luminis, comme, à mon
avis, aucune autre avant elle, s’impose, avec une rayonnante humilité, par l’intelligence de son propos et son élévation spirituelle. »
Heinrich Schütz (1585-1672), Musicalische Exequien, SWV 279-281. Motets Herr nun
lässest Du deinen Diener in Friede Fahren, SWV 432 & 433, Ich bin der Auferstehung, SWV 464, Das ist ja gewißlich wahr, SWV 277. Martin Luther (1483-1546),
Mit Fried und Freud ich fahr dahin. Samuel Scheidt (1587-1654), Wir glauben all an einen Gott. Vox Luminis. Lionel Meunier, basse & direction. 1 CD Ricercar RIC
311.
Extrait proposé :
Musicalische Exequien : Concert in Form einer teutschen Begräbnis-Missa, SWV 279 :
Nacket bin ich jusqu’à Herr Gott, heiliger Geist
« (…) Cette anthologie construite et interprétée avec autant d’intelligence que de subtilité propose une plongée
à la fois exigeante et très émouvante dans l’univers d’un vieil homme qui avait sans nul doute la conviction d’avoir été le témoin privilégié et d’être l’ultime dépositaire d’un âge
d’or (…). Ce n’est pas la moindre qualité de Bertrand Cuiller d’avoir réussi, par la seule force de la conviction et de l’humilité qui nourrissent son talent, à donner chair et à faire
danser, rire ou soupirer les fantômes rieurs ou pensifs qui hantent ces pages. »
Mr Tomkins his Lessons of Worthe, pièces pour clavier de William Byrd (c.1539/40-1623),
John Bull (c.1562-1628), Thomas Tomkins (1572-1656) et Thomas Tallis (c.1505-1585). Bertrand Cuiller, clavecins. 1 CD Mirare MIR 137.
« Après l’écoute de ces deux disques en tous points généreux, c’est l’enthousiasme et l’admiration qui sont au
rendez-vous (…) Parmi les points communs aux deux ensembles, on soulignera l’exigence dont ils font preuve, l’exécution de chaque morceau étant soignée jusque dans les moindres
détails, ainsi que l’humilité mais aussi l’inventivité dans la façon dont ils abordent cette musique, sans appuyer le trait ni surenchérir en ornements, simplement en accordant
suffisamment de confiance au compositeur pour le suivre par les chemins qu’il propose tout en instillant assez de variété pour retenir l’attention de l’auditeur. »
Johannes Ciconia (c.1370-1412), Opera omnia (intégrale de l’œuvre). Diabolus in
Musica, Antoine Guerber, direction (musique sacrée). La Morra, Corina Marti & Michal Gondko, direction (musique profane). 2 CD Ricercar RIC 316.
Extrait proposé :
Gloria spiritus et alme [n°6] Diabolus in Musica : Estelle Nadeau, Aïno Lund-Lavoipierre, sopranos, Guillermo Perez, organetto
« Chaque détail, chaque intention de l’oratorio sont amoureusement scrutés et rendus (…), avec un naturel qui
ne peut découler que d’une fréquentation assidue et informée de l’œuvre, une sensibilité révélatrice des affinités qui se sont tissées entre elle et [les] interprètes, ainsi qu’une
intelligence permettant de prévenir tout débordement, y compris quand le compositeur force sur les effets. Tout est ici d’une spontanéité et d’une fraîcheur indéniables, tout sonne
juste dans cette fresque brossée avec tant de finesse et de passion que l’on ne peut que s’incliner devant une réalisation qui fera sans doute date. »
Michelangelo Falvetti (1642-1692), Il Diluvio Universale. Cappella Mediterranea,
Chœur de Chambre de Namur, Leonardo García Alarcón, direction. 1 CD Ambronay Éditions AMY 026.
Extrait proposé :
« Il Gran Dio di pietà » Mariana Flores, soprano (Rad), Fernando Guimarães, ténor (Noé)
« Il me semble que les interprètes ont saisi avec beaucoup d’acuité toute l’ambiguïté de la musique de
Hyacinthe Jadin, sa double dynamique faite d’ombres incessantes qui déstabilisent même les mouvements les plus solidement ancrés, en apparence, dans le mode majeur, entrecoupée de
silences et de ruptures, mais pleine aussi de la fougue et de l’enthousiasme d’un jeune homme de dix-neuf ans. »
Hyacinthe Jadin (1776-1800), Quatuors à cordes, opus 1. Quatuor Franz Joseph. 1 CD
ATMA Classique ACD2 2610.
Extrait proposé :
Quatuor opus 1 n°1 en si bémol majeur : [IV] Finale. Allegro
« Il faut louer Jean-François Heisser d’être parvenu à rassembler et à galvaniser ces énergies pour en
tirer le meilleur. Souple, racée, intelligente en diable, sa direction possède une vertu qui éclate dès les premières secondes du disque pour ne plus jamais le quitter : la
sincérité. Il est évident, à mes yeux, que le chef a su faire preuve de suffisamment de modestie pour prendre les œuvres de Dubois au sérieux et de force de conviction pour les
porter à exprimer ce qu’elles ont de meilleur. »
Théodore Dubois (1837-1924), Fantaisie-Stück pour violoncelle et orchestre,
Suite concertante pour violoncelle, piano et orchestre, Concerto capriccioso pour piano et orchestre, In memoriam mortuorum, chant élégiaque,
Andante cantabile pour violoncelle et orchestre. Marc Coppey, violoncelle, Orchestre Poitou-Charentes, Jean-François Heisser, piano & direction. 1 CD Mirare MIR
141.
Extrait proposé :
Suite concertante pour violoncelle, piano et orchestre : [III] Larghetto
« En musicienne généreuse et subtile, Amandine Beyer nous fait présent d’une interprétation à la fois
solidement architecturée et sans cesse frémissante, et ce n’est pas faire injure aux interprètes l’ayant précédée d’estimer que c’est à l’aune de ses Sonates et Partitas
pour violon seul que l’on mesurera dorénavant toutes celles qui viendront après elle. »
Johann Sebastian Bach (1685-1750), Sonates & partitas pour violon
seul BWV 1001-1006, Johann Georg Pisendel (1687-1755), Sonate pour violon seul en la mineur. Amandine Beyer, violon baroque. 2 CD Zig-Zag Territoires ZZT
110902.
Extrait proposé :
Johann Sebastian Bach, Sonate pour violon seul en la mineur BWV 1003 : [IV] Allegro
« L’intégralité de cette réalisation, par l’intelligence de ses choix interprétatifs et esthétiques,
s’impose comme une superbe réussite qui, en conjuguant profondeur, bonheur de jouer ensemble, humilité des artistes, luthier y compris, face à leur travail, laisse dans
l’âme une véritable sensation d’harmonie lumineuse qui ne se rencontre pas souvent dans les disques de musique de chambre. »
La Nascita del Violoncello, œuvres de Giovanni Battista Vitali (1632-1692),
Giovanni Battista Degli Antoni (1660-après 1696), Domenico Gabrielli (1659-1690) et Giuseppe Jacchini (1667-1727). Les Basses Réunies, Bruno Cocset, violoncelles &
direction. 1 CD agOgique AGO001.
Extrait proposé :
Giovanni Battista Degli Antoni, Ricercara ottava Ténor de violon a la bastarda, orgue
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