Partager l'article ! 2010 : garder le cap: Charles Cuisin (Paris, 1815-Troyes, 1859), Effet de crépuscule, ...
Une année qui s’achève apporte nécessairement son lot de bilans et d’espoirs. Le recul sur 2009 n’est sans doute pas encore assez important pour permettre d’en dégager toutes les lignes de force, mais ce que j’en retiens, au moment où j’écris ces mots, est un fort sentiment de précarité. Une crise économique dont on essaie de nous faire croire que le plus dur est passé, de sombres manigances qui, d’une main, tentent de délivrer des brevets d’orthodoxie française tandis que l’autre s’emploie à organiser une vaste braderie de pans entiers de notre patrimoine, les résultats préoccupants d’une vaste enquête, publiée cet automne, sur les pratiques culturelles des Français, qui montrent, sans pièce à y mettre, que le public qui écoute de la musique « classique » vieillit et s’étiole – victime, à mon sens, en large partie de sa stupide morgue élitiste – tandis que la fréquentation des musées, hors grandes expositions parisiennes, s’enlise et que la lecture décline inéluctablement, les chevaux de Troie que sont le cinéma, la télévision et les jeux vidéo raflant la mise, sont autant d’éléments objectifs qui appellent, plus que jamais, à demeurer vigilant.
Même si vous ne suivez pas spécifiquement l’actualité musicale, vous échapperez difficilement à celui qui sera, en France, le héros de l’année 2010, Fryderyk Franciszek Chopin, auquel sera consacrée, du 27 au 31 janvier prochains, la très médiatique Folle journée de Nantes. Alors que des raisons bassement électoralistes font agiter, depuis quelques mois, le chiffon rouge et souvent nauséabond de l’identité nationale, voir ainsi célébrer un Polonais, certes d’ascendance française par sa branche paternelle, immigré en France en 1830 a quelque chose d’infiniment réjouissant. Sur la Folle journée elle-même, j’avoue néanmoins ma perplexité, non sur une manifestation que je ne me suis d’ailleurs jamais privé de saluer, mais sur le caractère assez convenu de la programmation de cette nouvelle édition. Il est, à mes yeux, plutôt singulier qu’en dehors de Maude Gratton, qui s’est signalée cette année par un remarquable disque dédié à Wilhelm Friedemann Bach (compositeur en lice pour faire partie des oubliés de 2010), aucun interprète jouant sur instruments anciens n’ait été convié pour faire entendre la musique de Chopin de manière différente, alors même que l’Institut Chopin de Varsovie est en train d’enregistrer l’intégrale de son œuvre sur deux pianos du XIXe siècle. Globalement, cette frilosité me semble corroborer un mouvement de fond, largement encouragé par les milieux autorisés, en particulier ceux de la critique musicale, qui, sous couvert du concept fumeux d’universalité de la musique, tend à essayer de jeter le discrédit sur l’approche « historiquement informée » d’un certain nombre de répertoires, celui du XIXe, mais aussi celui du XVIIIe siècle. Avez-vous noté l’augmentation constante du nombre de parutions discographiques qui proposent Bach ou Haendel sur piano moderne, tandis qu’en catimini des phalanges traditionnelles s’emparent des mêmes compositeurs, mais aussi, entre autres, de Pergolèse ou de Vivaldi, en se contentant d’emprunter, pour alléger leur pâte sonore, quelques techniques redécouvertes par ceux qu’il est convenu de dénommer « baroqueux » ? La musique appartient à tout le monde, me rétorquerez-vous, et vous aurez raison. Il n’empêche que si on la considère comme autre chose qu’un objet d’agrément, le travail de réflexion que l’on se doit de mener sur elle amène nécessairement à la replacer dans un contexte historique global, démarche qui ne saurait s’affranchir d’un effort de reconstitution de l’univers sonore qu’ont pu connaître le compositeur et son temps. Illusion archéologique ? Purisme excessif ? Peut-être. J’ai néanmoins, pour m’être moi-même attelé à semblable tâche, assez conscience du caractère fragile, voire chimérique, des machines à remonter le temps pour éviter d'en être totalement dupe, mais j’ai également pu suffisamment mesurer les perspectives passionnantes qu’elles pouvaient laisser entrevoir pour négliger l’aide qu’elles apportent quant au questionnement des expressions artistiques comme émanation d’une époque donnée.
C’est dans cette optique de remise en perspective que continueront à être pensés les billets qui paraîtront ici, quand bien même on continuerait à me reprocher ponctuellement de la laisser primer mon appréciation personnelle sur les œuvres que je présente. Je persiste à estimer que ce sont ces dernières qui importent et non l’appropriation souvent fautive que nous opérons à leur endroit ; le but avoué de ce site est de fournir, sans chercher à embrigader, autant matière à penser qu’à s’émouvoir, ouvrir des pistes, à l’écart, si possible, des plus courues, qu’il appartient ensuite à chacun, selon son envie, d’emprunter ou non.
Je remercie celles et ceux, fidèles ou dilettantes, qui, par leurs commentaires, font vivre Passée des arts et je vous souhaite à tous, mes lectrices et lecteurs, comme à ceux qui vous sont chers, une année 2010 riche d’émotions comme de réussites.
Frédéric Chopin (1810-1849), Prélude opus 45, en ut dièse mineur (1841) : Sostenuto
Alain Planès, piano Pleyel 1836.
Chopin chez Pleyel. 1 CD Harmonia Mundi HMC 902052. Ce disque, sans doute l’anthologie la plus réussie consacrée au compositeur parue depuis bien longtemps et
que je vous conseille chaleureusement, peut être acheté en cliquant ici.
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Je pense que 2009 à été une année très difficile, cher Jean-Christophe, soulevant un grand nombre de problèmes que l’on essaye d’amoindrir par moult manières. Le gouffre entre les nantis et le commun des mortels s’agrandit de jours en jours, la planète souffre mais notre société de consommation est plus inquiet de son portefeuille que de l’héritage que nous laisserons aux générations futures… …quant au patrimoine, héritage du passé, le voila devenu valeur marchande.
Cependant, on découvre ici, un petit havre dans lequel il est bon de se recueillir, de découvrir. Tout au long de l’année tes billets nous ouvrent l’esprit et nous permettent de s’échapper des sentiers battus. Merci à toi cher Jean-Christophe pour tous ces moments et j’espère que 2010 sera l’année de nouvelle découverte et, qui sait, la musique classique y trouvera peut être de nouveaux adeptes qui continueront à la faire vivre. La jeunesse des nombreux ensembles qui nous proposent une musique historiquement informée semble assurer la relève j’espère qu’il ne s’agit la pas d’un dernier bataillon qui se bat en vain.
Je te souhaite également une année 2010 riche en émotions et réussites, et me réjouis déjà de pouvoir te retrouver ici tout au long de cette nouvelle année.
Je t’embrasse
J'espère que tu prendras encore plaisir, tout au long de l'année qui vient, à venir en promenade sur ces terres sur lesquelles j'espère faire souffler un peu d'air frais en les préservant, autant que possible, de l'agitation et du fracas du monde extérieur.
Je te souhaite le meilleur pour 2010, qui, je l'espère, mettra ce que tu peux légitimement désirer à ta portée.
Je t'embrasse.
Cher Jean-Christophe sois remercié pour tes nombreux souhaits et sous le gui, je t'embrasse.
Cordialement.
Il va sans dire que je vous souhaite une bonne année.
Je vous souhaite à mon tour une excellente année 2010 et vous remercie de votre visite.
Bien cordialement.
Merci pour votre site et les découvertes que l'on y fait.
Continuez.
Bien amicalement.
Pascal
Bien amicalement à vous.
Peut être que les "Folles Journées de Nantes" glissent un peu vers la facilité avec la programmation retenue. C'est vrai qu'il est intéressant de voir qu'un certain nombre de baroqueux actuels exhument des partitions anciennes et essaient d'approcher le son dont ils imaginent maintenant ce qu'il devait être à l'époque, ainsi par exemple Savall, sur "le livre de la Science de la Musique" de Dimitrie Cantemir, dit de lui-même qu'il a accéléré le tempo (qui ce serait particulièrement ralenti avec les musiques de cour et au 19ème siècle ...) ou encore les artistes dont vous avez parlés dans l'un de vos derniers billets "Von Edler Art".
Vous parlez vous-même d'illusion archéologique, Bach et Haendel joués sur des pianos modernes plutôt que sur des pianos forte, mais s'ils avaient connu les pianos modernes qu'auraient-il fait ?.... J'ai peine à croire qu'ils seraient restés au piano forte ...
Bon, mais chut !....
Cher Jean-Christophe je vous souhaite une excellente Année 2010 riche en découvertes et en émotions artistiques et qu'elle vous apporte à titre personnel tout ce dont vous pouvez rêver !
J'ai souligné que l'idée d'authenticité était un leurre, car c'est ma conviction profonde. Vous noterez, à ce propos, que personne d'un tant soit peu sérieux dans le domaine de la musique ancienne ne se retranche plus derrière elle pour justifier le bien-fondé d'une interprétation. La question du tempo est intéressante et nourrit ma réflexion depuis quelques temps déjà. Que veut dire "vite" dans un monde où le moyen de transport le plus rapide est la poste à cheval quand, pour le notre, cet adjectif évoque le TGV ou l'avion ? Voici qui amène, à mon sens, à relativiser grandement les choses et je demeure convaincu que l'on joue souvent trop vite certains répertoires.
Je crois que si Bach et Haendel avaient vécu lorsque nos pianos modernes (qui n'ont acquis les caractéristiques que nous connaissons que dans les années 1930) existaient, il est évident qu'ils auraient composé pour ces instruments-ci. Mais ils n'en avaient pas à leur disposition et tout leur univers mental et sensible s'est construit en fonction des moyens qui étaient ceux de leur temps. Je ne dis pas, bien entendu, que ceci implique qu'il ne faut pas jouer leur musique sur les instruments de notre temps (et certains artistes le font merveilleusement), je dis simplement que l'image que nous en retirons est très éloignée de ce que fut leur réalité, en décalage, déformée. A titre personnel, ce n'est pas ce que j'attends de la musique, qui est, au même titre que tous les autres arts, l'émanation d'une faisceau de données à un moment précis du temps et nous permet, outre le plaisir que nous y prenons, de tenter de comprendre ce que furent ces "grands anciens" dont nous savons souvent si peu. Ceci n'engage que moi, bien entendu
Je vous souhaite tout le meilleur pour l'année qui vient et je vous retrouverai avec un plaisir non dissimulé sur Bleu de cobalt qui est un lieu où j'aime me rendre et qui me réserve toujours de savoureuses découvertes.
Bien amicalement à vous.
Je pense à toi et je t'embrasse.
Cher Ami,
Je te souhaite tout d'abord que le meilleur pour cette année 2010, pour tes proches et toi.
Ensuite, je suis heureux de ce premier billet de l'année, un peu polémique. Il fallait l'aborder et tu l'as fait ! Jean-Christophe guette, mes amis, et, je te l'ai déjà dit, heureusement que des gens comme toi ont internet pour s'exprimer !
Je ne te cache pas que j'ai également été interpelé et même mis de mauvaise humeur en lisant l'article d'un magazine de critique musicale. J'étais d'abord satisfait devant le titre "Chopin. Comment l'interpréter" L'illusion s'est envolée aussitôt lisant la première phrase "Après plusieurs décennies de querelles entre partisans et détracteurs du jeu historiciste, il semble admis qu'un son "authentique" d'auteur demeure illusion." Je rajouterai que comprendre les intentions du compositeur aussi et c’est en cela que l’interprète se distingue. La messe est dite et disons amen au magazine de musique classique le plus lu en France. A une époque où la musique classique est en difficultés, comme tu l'écrivais Jean-Christophe, soyons rassurés : une "intelligentsia" pense pour nous en allant à l'opposé de ce que d'illustres musicologues (Ph. Beaussant, G. Cantegrel) et musiciens (la liste serait trop longue) ont tenté de construire depuis cinquante ans : ouvrir les portes et fenêtres, alors que régnait la poussière depuis plusieurs siècles.
C'est révoltant ce monopole du bon goût. Il aurait été justement bienvenu de profiter du bicentenaire pour ENFIN soumettre à un vaste panel d'artistes l'oeuvre de ce grand compositeur.
L'un des grands paradoxes demeure que cette intelligentsia se lamente en contemplant les chiffres des baisses de vente de disques ou des sondages qui révèlent que les jeunes haïssent la musique classique. Se sont-ils déjà demandés pourquoi ? Leur réponse est tout faite : les jeunes n'ont plus de cultures et ils faut les rééduquer, via l'école, par exemple. Ne nions pas que l'école peut être un moyen, mais c'est plus largement la place de la musique classique dans notre société qu'il faut étudier. Pourquoi le jeune s'y intéresserait-il ? Ou il l'entend depuis qu'il est petit (quand il n'est pas forcé à suivre des cours) et la rejette autant que l'univers de ses parents, ou elle incarne à elle seule la société "blanche-occidentale-masculine", celle du conformisme. L'intelligentsia qui, aujourd'hui, affirme encore que la musique est intemporelle, quelle que soit l'époque à laquelle elle est interprétée, se trompe totalement : ces personnes ont reçu une éducation musicale pour la grande majorité et s'extasie sur des subtilités qui nécessite un haut, très haut degré de connaissances pour pouvoir l'aborder. Je les envie un peu mais ils sont totalement coupés des réalités. Attention : la musique classique n’a pas besoin d’être bradée à toutes les sauces pour continuer à être jouée.
En fait, le problème vient de cette intelligentsia qui écoute souvent la musique classique par distinction sociale, comme elle s'intéresse à la peinture (mais pas ancienne car ça fait trop conservateur) ou aux expositions vendeuses. A la différence que dans le cas de la peinture et des expositions, il y a une démarche pédagogique qui est souvent mise en place. C'est (trop) rarement le cas avec la musique classique. Normal, me dira-t-on : on ne partage pas la science quand elle permet de se distinguer et de se reconnaître. Mais à force de se l'accaparer, la musique classique risque de disparaître. Et je ne vous cacherai pas que je haïssais moi aussi la musique classique avant de la connaître. L’écoute hasardeuse d’un disque interprété par des « baroqueux » m’a fait changer d’avis : des œuvres que je connaissais se retrouvaient totalement décapées. Miracle et révélation ! Le béotien que je demeure au regard de cette intelligentsia doit sans doute les faire sourire… Mais, excusez-moi, je n’aurais jamais aimé – que dis-je ? – je ne me serais jamais passionné pour la musique classique si elle était restée aussi chiante (je me permets) qu’elle le reste pour beaucoup.
Dans ce tableau pessimiste et ce coup de gueule, je voudrais toutefois signaler que la Belgique va de l’avant. Un hasard quand on sait que le mouvement « baroqueux » est né en partie dans le Plat Pays. En effet, le Musée des Instruments de Musique de Belgique lance cette année un cycle de concerts et d’activités intitulé « Piano ? Forte ! »… pour le bicentenaire de la naissance de Chopin ! Ouf !
Lisez plutôt dans le dernier paragraphe du commentaire précédent :
Dans ce tableau pessimiste et ce coup de gueule, je voudrais toutefois signaler que la Belgique va de l’avant. Un hasard quand on sait que le mouvement « baroqueux » est né en partie dans le Plat Pays ? Je ne pense pas et m'en réjouis. En effet, le Musée des Instruments de Musique de Belgique lance cette année un cycle de concerts et d’activités intitulé « Piano ? Forte ! »… pour le bicentenaire de la naissance de Chopin ! Ouf !
Bonjour Mr de l’Estro,
et, en préambule, accepte tous mes vœux les plus sincères de réussite et de bonheur pour cette nouvelle année, pour toi et ceux qui te sont chers. Je ne doute pas un instant que 2010 sera à la hauteur de ce que tu peux légitimement attendre.
Comme tu le sais, la question de l’interprétation de la musique « ancienne » (je mets des guillemets, car cet adjectif me semble devoir concerner aussi bien Machaut que Brahms) est un sujet qui me passionne, et ce depuis fort longtemps, comme celle de la diffusion de la musique qu’on dit improprement « classique ». Ton commentaire, dont je te remercie infiniment, me ramène aux enthousiasmes et aux coups de sang qui m’animaient lorsque j’avais ton âge. Je les ai quelque peu tempérés depuis, mais la flamme qui m’anime ne vacille pas pour autant.
Bien entendu, il ne s’agit pas ici de distribuer bons et mauvais points en disant que l’on doit obligatoirement aborder les répertoires anciens selon telle ou telle optique. C’est affaire de goût, de sensibilité et d’attentes. A titre tout à fait personnel, je ne fais aucun mystère de mes préférences, qui me valent souvent, soit dit en passant, le dédain de certains membres de cette intelligentsia que tu évoques. Il est néanmoins parfaitement clair, dans mon esprit, que l’authenticité n’existe pas, ou, plus précisément, qu’elle nous est définitivement inaccessible, à moins de trouver un jour le moyen d’entendre directement Bach au clavier. Ce que j’affirme, en revanche, c’est qu’il y a plus de vraisemblance dans une interprétation historiquement informée (sous réserve que les artistes soient vraiment honnêtes, et, là encore, il y aurait beaucoup à dire) que dans une autre plus traditionnelle, et que l’on a plus de chances de se rapprocher de l’univers mental et sensible d’un Bach (pour ne nous en tenir qu’à lui) en jouant ses œuvres avec les instruments qu’il a pu connaître. Maintenant, une telle quête n’intéresse pas forcément tout le monde, et je puis parfaitement comprendre que l’on privilégie une approche plus confortable des répertoires anciens, parce que l’on trouve qu’un clavecin sonne comme une boîte de punaises ou qu’un violon de facture réellement baroque (donc pas ces Stradivarius presque entièrement refaits au XIXe siècle) est un épouvantable crincrin. Ce que je peine, en revanche, à avaler, c’est l’ostracisme plus ou moins rampant qui sinue dans certains milieux autorisés et consiste à écarter, d’un revers dédaigneux de la main mais sans avoir l’air d’y toucher, les approches qui s’écartent d’une certaine forme de tradition, une notion dont on ne sait pas trop d’ailleurs ce qu’elle recouvre et qu’il faudrait passer au crible de la raison avant de se draper dedans. Comme tu le dis justement, il y a une certaine uniformisation du goût – y compris dans certains ensembles baroques ! – érigé en bon goût qui est désolante et tend à aller à l’encontre de ce que le mouvement de réappréciation de l’interprétation des musiques « anciennes » engagé dans les années 1950 a prouvé. Je crois, tout bêtement, qu’il existe toute une frange de mélomanes et de critiques qui estiment avoir une revanche à prendre envers tous les trublions qui, depuis quelques décennies, ont imposé des structures qui défient les orchestres installés, en dégraissant les effectifs, bannissant le vibrato, etc., tant il est évident qu’il est difficilement acceptable de voir ce à quoi on a été de tout temps habitué sinon voler en éclats, du moins sérieusement tanguer. En dépit de belles initiatives comme le superbe CD d’Alain Planès dont un extrait illustre ce billet, la musique de Chopin restera sans doute longtemps la chasse gardée des pianistes, qui ont vu leur empire (Mozart, Haydn, Schubert…) quelque peu grignoté par les interprètes jouant sur pianoforte. C’est en tant qu’effort en ce sens que je perçois la programmation de la prochaine Folle journée, dont je ne me priverai cependant pas d’écouter les retransmissions sur France Musique.
Je partage largement les constats que tu fais concernant les causes de l’appétence de plus en plus réduite que montre la majorité des jeunes envers la musique « classique ». Cette dernière est, en effet, trop souvent brandie comme un marquant social upper-class, de facto exclusive des couches les plus « populaires » de la société. C’est particulièrement vrai pour l’opéra qui souffre d’une image vieillotte, chanteuses enrobées, ténors gominés, public suant l’autosatisfaction. Je comprends parfaitement que ça fasse fuir le jeune public, sauf, bien entendu, celui qui a grandi avec, y a été, dans le pire des cas, traîné, et, dans le meilleur, éduqué. Cette identification entre un public et un genre (c’est le cas aussi pour les arts picturaux, bien que ceux-ci me semblent un peu plus épargnés) est létale, c’est une évidence, et je suis sceptique quant à ce que l’école peut vraiment changer, en dépit du fait qu’il existe des enseignants qui font un travail tout-à-fait remarquable. Pour finir sur ce chapitre qui mériterait d’être plus développé, je remercie moi aussi les « hasards » qui, tout comme toi, m’ont conduit un jour vers une interprétation « historiquement informée » de musique baroque, moi qui, quelques années plus tôt, étais fier d’écouter les Brandebourgeois par Karajan. Je pense que, sans ce déclic, je ne me serais pas plongé plus avant dans l’étude d’un art qui m’apporte tant de joies.
Je termine en saluant l’initiative du Musée des Instruments de Musique de Belgique, qui ouvre une voie passionnante, dont j’espère que tu te feras l’écho sur l’Estro armonico ; si toutes les bonnes volontés se rassemblent, peut-être parviendrons-nous, même très faiblement, à faire entendre notre voix.
A très bientôt.
Amitiés.
JC
Qu'un jour nous atteignons un tel degré de science qu'il nous soit alors permis d'être spectateur du temps, que nous puissions voyager à l'époque qui nous sied et pourquoi pas, écouter Bach au clavier
Je t'embrasse et te dis à très vite.
J'aime bien l'idée de Laure de faire un voeu. Je forme celui de pouvoir nous retrouver, ici, toujours plus nombreux autour de tes écrits, de tes découvertes, de tes coups de coeur, de tes coups de gueule aussi pour des échanges chaleureux et constructifs à l'image de celui, ci-dessus, que tu as eu avec l'estro.
Sur celui-ci je n'ajouterai rien, tout ayant été dit et bien dit, par l'estro avec sa fougue juvénile (et comme je comprends cette impulsivité qui est aussi la mienne, tu le sais !) et par toi au travers de propos pondérés, mesurés comme à ton habitude. Ce que vous évoquez est très juste ; j'ajouterai juste que, quand on est chercheur, on se dit que jamais, jamais nous ne saurons de quelle manière Bach ou Couperin pour ne citer qu'eux totalement au hasard parmi d'autres, interprétaient leur musique. Nous ne pouvons que tenter de nous en approcher le plus près possible. Et ceci est valable, de manière identique, pour Chopin. Je salue au passage l'interprétation remarquable et inspirée d'Alain Planès que tu nous proposes ici. De même que je me réjouis de l'enregistrement de Maude Gratton, mais si sur certains points je reste très légèrement sur ma faim.
Et puis je me révolte, dis
Je t'embrasse fort mon JC, très fort.
Pour le reste du débat, je ne peux qu'abonder en ton sens, et des réalisations comme celle d'Alain Planès prouvent que l'on peut allier souci musicologique et plaisir musical. Il est grand temps, à mon sens, de cesser d'associer vision "historiquement informée" et réalisations bancales, comme je le lis encore trop souvent ici et là. Et, confidence pour confidence, tu sais à quel point j'aime le clavecin
Je t'embrasse très fort moi aussi.
Tu imagines mon émotion à entendre ici l'extrait de certain CD apporté par une main amie à Charmes.
Emotion aussi devant ce tableau de Cuisin d'où se dégage la même atmosphère de troublant duel de ténèbres et d'ombres que sur les dernières photos de l'étang de notre campagne.
Oui, à plus d'un titre 2010 ne pourra être pire que 2009, alors saluons-là avec espoir, même relatif.
Euh, je te trouve un peu injuste avec l'expression cinématographique qui, à mon avis, est un art à part entière comme tous les autres.
Si Chopin il y a en musique, il y a aussi la star'ac...
Pour en venir au point, esssentiel, à mon sens, de l'art dans le flux de l'histoire, et nous en avons parlé, il est vrai que si une orchestration "reconstituée"nous rapproche davantage de ce que devaient entendre les contemporains, nous ne connaitrons jamais les émotions d'une époque où l'oreille n'était pas habituée aux bruits parasites et continuels de nos jours et, chose primordiale, la musique était réellement liée au temps et donc intensément dramatique, cette émotion là a disparu avec l'enregistrement que l'on peut "rejouer" a nauséam.
De même le portrait sur toile quand la photo n'existait pas était et plus élitiste et/ou exemplaire échappant ainsi au seul modèle,et donc, différemment compris ; et que dire des tableaux religieux dont la situation dans le lieu de culte(registe et orientation) étaient des codes compris de tout le monde et désormais oubliés ?
Ne soyons pas mysonéistes, le temps fuit inexorablement tout est instable et rien n'est pérenne ; mais aussi qu'il est délicieux de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour sentir le parfum des temps révolus. Pour que la chaîne se maintienne et qu'hier.aujourd'hui et demain se comprennent.
Comme tu l'écrivais très justement, rien ne ramènera jamais les sons, les couleurs ou les goûts du passé et cette vérité-ci nous demeure à jamais inaccessible. Mais que vaudraient nos nostalgies si elles n'avaient quelque chimère à enfourcher pour aller chevaucher sur les chemins de la mémoire ?
Quant à l'année 2010 je te la souhaite belle et lumineuse, baignée de musique.
Puisse cette année te réserver le meilleur. Tu sais que je continuerai à suivre fidèlement toutes les belles choses que tu nous fais partager par la magie de ton objectif.
Amicalement à toi.
Il y aura, cette année, d'autres billets Chopin sur ce site, dans lesquels je tenterai de faire connaître ces "autres chemins" interprétatifs, loin de ce que l'on entend d'habitude, et j'espère que vous y trouverez également des raisons de vous émouvoir.
Bien à vous.