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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 17:06


Claude MONET (Paris, 1840-Giverny, 1926),
Peupliers, automne, 1891.
Huile sur toile, Philadelphia, Museum of Art.

 

Accompagnée par un piano, une formation de chambre ou un orchestre symphonique, la mélodie a connu une incroyable floraison en France entre le milieu du XIXe siècle et celui du XXe siècle. Une rubrique consacrée à la musique française ne pouvait pas faire l'impasse sur cette forme qui a été pratiquée, avec plus ou moins d'assiduité, par à peu près tous les compositeurs. Certains cycles, qu'ils aient été conçus ou non comme tels, se sont maintenus au répertoire et bénéficient d'une discographie abondante - songeons aux Nuits d'été de Berlioz - tandis que d'autres pièces demeurent plus confidentielles, en dépit de leur intérêt. Je tenterai, au fil des mois, de m'arrêter sur les uns comme sur les autres, en allégeant au maximum la présentation pour laisser toute sa place à une approche émotionnelle de la part de celles et ceux qui me font l'honneur de me lire.

 

Je reviendrai à Joseph-Guy Ropartz (photo ci-contre) ultérieurement, notamment pour parler de ses symphonies qui sont des réalisations tout à fait passionnantes. Né en 1864 à Guingamp, il a été formé au Conservatoire de Paris dans les classes de Théodore Dubois, de Jules Massenet puis de César Franck. Il se lie avec Vincent d'Indy et Albéric Magnard, dont il orchestrera, après la mort tragique de ce dernier en 1914, l'opéra Guercœur. Il dirige successivement les conservatoires de Nancy (1894-1919), puis de Strasbourg (1919-1929), avant de se retirer dans son manoir de Lanloup en Bretagne, où il meurt en 1955. Son œuvre couvre toutes les formes, de l'opéra (Le Pays, 1912) à la musique sacrée.

La postérité de Ropartz a longtemps souffert d'une image régionaliste absolument réductrice. Certes, on ne saurait nier que l'âme bretonne irrigue d'une sève puissante et rêveuse sa musique, mais le goût du compositeur pour des élaborations contrapuntiques et harmoniques complexes, son attachement au symbolisme, patent également dans ses poésies, transcendent largement ce qu'elle aurait pu avoir de simplement folklorique. Il s'agit d'une musique à la fois empreinte d'une sensibilité à fleur de peau et très maîtrisée, voire un peu hautaine, qui dédaigne toute emphase au profit d'une grande concentration du discours, ce qui la rapproche de celle d'un Sibelius.

 

Je vous propose de découvrir aujourd'hui une de ses rares mélodies avec orchestre, sur un texte d'Henri de Régnier qui, comme Ropartz, plaça son œuvre au confluent du Parnasse et du Symbolisme.

 

Joseph-Guy ROPARTZ (1864-1955), Je n'ai rien que trois feuilles d'or, mélodie pour soprano et orchestre (Quatre odelettes, 1913).
Texte d'Henri de Régnier (1864-1936), Les jeux rustiques et divins, 1897.

 

Cécile Perrin, soprano.
Orchestre Philharmonique du Luxembourg.
Emmanuel Krivine, direction.

 

La chasse du prince Arthur, Quatre odelettes, La cloche des morts, Quatre poèmes, Soir sur les chaumes. 1 CD Timpani 1C1073.

 

Je n'ai rien
Que trois feuilles d'or et qu'un bâton
De hêtre, je n'ai rien
Qu'un peu de terre à mes talons,
Que l'odeur du soir en mes cheveux,
Que le reflet de la mer en mes yeux,
Car j'ai marché par les chemins
De la forêt et de la grève
Et j'ai coupé la branche au hêtre
Et cueilli en passant à l'automne qui dort
Le bouquet des trois feuilles d'or.

Accepte-les : elles sont jaunes et douces
Et veinées de fils de pourpre ;
Elles sentent la gloire et la mort,
Elles tremblèrent au noir vent des destinées :
Tiens-les un peu dans tes mains douces :
Elles sont légères, et pense
À celui qui frappa à ta porte
Un soir
Et qui s'est assis en silence
Et qui reprit en s'en allant
Son bâton noir
Et te laissa ces feuilles d'or
Couleur de soleil et de mort...
Ouvre tes mains, ferme ta porte
Et laisse-les aller au vent
Qui les emporte.

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Published by Jean-Christophe Pucek - dans Gallicismes
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commentaires

Cristina Mateos 04/04/2010 20:46



Il y a des siècles que je cherchais ce poème dont je ne me souvenais que de quelques bribes....trois feuilles mortes, un peu de terre à mes talons... bel éveil poétique!



Jean-Christophe Pucek 05/04/2010 18:06



Je suis heureux que vous ayez trouvé votre bonheur sur ce site, Cristina, et j'espère que vous me ferez de nouveau le plaisir d'y revenir en promenade.


Bien à vous.



Jean-Christophe 17/05/2009 08:39

Hey, tu es un veinard d'aller à Giverny, qui doit être un lieu superbe Figure-toi que lorsque j'ai entendu parler de cette expo, je me suis dit qu'elle devait être super intéressante... jusqu'à ce que le bon Weyden me tire par la manche et me rappelle à son bon souvenir

Jean-Marie 17/05/2009 08:22

Merci de nous présenter ce compositeur que je ne connaissais que de nom, figure toi que profitant de nos vacances nous aons programmé ce mardi une visite à l'expo temporaire consacré à Monet '(peintre qui touche plus Christophe) qui se tient à Giverny, du coup je pourrai associé Ropartz à cette visite !

Jean-Christophe 12/05/2009 18:19

Tu as raison, chère Marie, je me suis laissé entraîner, dans le sillage d'Henri-Pierre, à transformer Monet en Corot Bon, tu me diras que vu l'admiration que l'un vouait à l'autre, ce n'est pas un si grand crime, mais tout de même, je serais presque confus de cette confusion si elle n'était pas une des marques indubitables que je ne suis qu'humain trop humain

Marie 12/05/2009 13:08

La Poison, qui n'était pas de la même époque - aujourd'hui c'est moi - vient taquiner les commentateurs spécialistes. Soit j'ai perdu quelque chose au passage, soit vous avez, chers amis, un billet d'avance. pour vous pour moi