Partager l'article ! Après un rêve, Gabriel Fauré: Ferdinand HEILBUTH (Hambourg, 1826-Paris, 1889), Rêverie, ...
Connaissez-vous Gabriel Fauré ? Ma question est - volontairement - impertinente. Bien sûr que Fauré est un compositeur célèbre, il suffit d'ailleurs de voir le nombre d'enregistrements de son Requiem qui ont été et sont encore réalisés. Et puis, il y aussi l'Élégie, me direz-vous, autre page inoubliable. Ce sont un peu les deux arbres qui cachent une vaste forêt, où l'on trouve de vastes clairières de musique de chambre et de nombreux bosquets de mélodies.
Souvent considéré comme un
compositeur de salon vaguement ennuyeux, la réputation de Fauré (peint, ci-contre, par John Singer Sargent vers 1889) a beaucoup souffert de son penchant revendiqué pour la pureté classique et
de son aversion pour ce qu'il nommait lui-même « le gros effet ». On l'a ainsi tenu pour un musicien bien peu aventureux, comparé, par exemple, aux audacieux Wagner, Debussy ou
Stravinsky, image que n'a guère arrangé la direction très ferme qu'il assura à la tête du Conservatoire de Paris à compter de 1905 et les nombreux honneurs dont il a été comblé. En fait, rien
n'est moins exact que cette aura un peu poussive qui s'attache à Fauré, que son souci de clarté, de fluidité, n'empêcha jamais de produire une musique infiniment plus complexe et fuyante que ce
qu'une approche superficielle peut laisser soupçonner.
Voici une de ses mélodies les plus connues, dans deux versions. L'une, originale, est pour voix et piano, l'autre est la transcription pour violoncelle et piano qu'en réalisa Pablo Casals. J'espère que vous vous laisserez gagner par son aspiration vers la lumière d'une affection partagée, quand bien même ne le serait-elle qu'à la faveur de la nuit qui emporte dans le plus doux des rêves. Fauré, qui savait bien, ayant été cruellement affecté par la rupture de ses fiançailles avec Marianne Viardot, ce qu'est un amour auquel on ne peut que rêver, a probablement mis une grande part de lui-même dans cette œuvre.
1. Mélodie pour voix et piano en ut mineur, opus 7 n°1 (1871).
Texte de Romain Bussine (1830-1899), « d'après une poésie toscane ».
Véronique Gens, soprano.
Roger Vignoles, piano.
Nuit d'étoiles, mélodies françaises. 1CD
Virgin 7243 545360 2 1.
2. Transcription pour violoncelle et piano, réalisée par Pablo Casals (1910).
Xavier Gagnepain, violoncelle Gand et Bernardel, 1878.
Jean-Michel Dayez, piano Sébastien et Pierre Érard, 1902.
L'œuvre pour violoncelle et
piano. 1 CD Zig-Zag Territoires ZZT070602.
Dans un sommeil que charmait ton image
je rêvais le bonheur, ardent mirage,
tes yeux étaient plus doux, ta voix pure et sonore,
tu rayonnais comme un ciel éclairé par l'aurore ;
Tu m'appelais et je quittais la terre
pour m'enfuir avec toi vers la lumière,
les cieux pour nous entr'ouvraient leurs nues,
Splendeurs inconnues, lueurs divines entrevues.
Hélas ! Hélas, triste réveil des songes,
Je t'appelle, ô nuit, rends-moi tes mensonges ;
Reviens, reviens, radieuse,
Reviens, ô nuit mystérieuse !
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Un Fauré loin de celui de son si beau Requiem, loin aussi du Cantique de Jean Racine que j'aime tant et que nous évoquions l'autre soir.
En attendant je t'embrasse fort.
On se dira le reste hors ligne, ce sera peut-être techniquement plus simple
Je t'embrasse fort moi aussi et salue ton acharnement
MDV. Pour un bien joli morceau de coeur qui pourrait être mis en musique....
Dors-tu?
Et toi ! dors-tu quand la nuit est si belle,
Quand l'eau me cherche et me fuit comme toi ;
Quand je te donne un coeur longtemps rebelle ?
Dors-tu, ma vie ! ou rêves-tu de moi ?
Démêles-tu, dans ton âme confuse,
Les doux secrets qui brûlent entre nous ?
Ces longs secrets dont l'amour nous accuse,
Viens-tu les rompre en songe à mes genoux ?
As-tu livré ta voix tendre et hardie
Aux fraîches voix qui font trembler les fleurs ?
Non ! c'est du soir la vague mélodie ;
Ton souffle encor n'a pas séché mes pleurs !
Garde toujours ce douloureux empire
Sur notre amour qui cherche à nous trahir :
Mais garde aussi son mal dont je soupire ;
Son mal est doux, bien qu'il fasse mourir
Chaque fois que j'en reviens à Mme Desbordes-Valmore, je me demande pourquoi un seul de ses textes a été mis en musique au XIXe siècle. Quel gâchis
Me voila ici en terres "étrangères" et pourtant familières. Je connaissais la version d'"Après un rêve" de Fauré, interprêté par Mischa Maisky et Pavel Gililov, version peut-être un peu moins rêveuse (portée sur une certaine forme de mélancoie ?).
Sur le même disque ( DG 431 544-2) je découvre un arrangement de Massenet : "Elégie" (étonnamment plus rêveuse que triste).
amicalement,
laurent
Amitiés à vous.
Je te disais donc mon JC que ma préférence va à la transcription de Casals. Non pas que je ne sois pas sensible à la pureté de la voix de Gens et à la beauté du texte, ce n'est pas ça. Cela tient plutôt à cette difficulté qui est la mienne face au français chanté. Est-ce parce que, bien que le français soit "ma" langue, je "navigue" par ma naissance entre plusieurs langues et que, de fait, parfois, certains mots me font défaut (tu sais, comme échalote
Je tembrasse fort.
Je comprends tout à fait les "problèmes" que tu éprouves vis-à-vis du français chanté, car je connais des gens qui ont les mêmes avec l'anglais ou l'allemand, alors j'imagine bien que ça peut être la même chose avec la langue de Molière. La version avec violoncelle fait très "romance sans paroles" et elle me plaît aussi beaucoup, presque à égalité avec l'original. J'espère, en toute modestie, que les mélodies qui viendront, deci delà (
Je t'embrasse fort.
J'ai "rencontré" Fauré vers dix ou onze ans, à la chorale, avec la messe basse, le tantume ergo et l'ave verum. A l'époque (trèèèèèèèès lointaine! Huhu!) nous en avons même fait un 33 tours (pour dire comme ça date!). Plus tard, j'ai également chanté le Requiem.
Il y a toujours chez Fauré comme une espèce d'arrière-goût de bonheur... je ne sais pas l'exprimer autrement. Et ça me fait un bien fou!
Merci beaucoup !
Le presque toujours insupportable Rebatet, dont j'aime néanmoins consulter l'Histoire de la Musique rien que pour m'énerver, écrit ceci à propos de Fauré : "Avec toutes ses qualités [c']est un peit maître, le plus élégant et le plus racé dans la tradition française de la voie moyenne qui serpente agréablement au pied des grands massifs musicaux." Arrgh...! Cela donnerait envie de le précipiter du haut d'un de ces promontoires s'il n'était déjà rangé depuis belle lurette dans les archives de l'humanité.
Pour adoucir mon humeur, j'ai relu votre billet, écouté les extraits puis, afin de prolonger ce parfait petit moment musical, ai écouté avec ravissement Régine Crespin chanter Berlioz et Ravel. Quel bonheur !
L'opinion de Rebatet est encore, hélas, trop largement répandue. Elle est typique d'une certaine façon de concevoir l'histoire des arts qui sévit toujours, vous savez, "untel, c'est pas mal, mais ce n'est pas telautre", cette incapacité chronique à faire autre chose que des comparaisons au lieu de considérer les oeuvres pour ce qu'elles sont et non pour ce qu'elles ne sont pas. Grands maîtres et petits maîtres, autant d'étiquettes qui ne servent bien souvent que de béquilles à cette exécrable propension à ne savoir raisonner (?) qu'en fonction des hiérarchies établies, comme si celles-ci ne devaient pas s'effondrer un jour (dans les années 1930, on considérait encore Vermeer comme un petit maître). Passons.
Je suis heureux, en tout cas, que ce moment passé en compagnie de Fauré vous ait plu - comme m'a ravi la lecture de vos textes récemment publiés - et bientôt, je l'espère, j'inviterai ici une des voix françaises inoubliables que vous évoquez en citant Régine Crespin. Mais chut, c'est encore un secret.
Fidèlement à vous.
J' avoue également être plus sensible à la transcription pour violoncelle et piano réalisée par Casals. Non pas que la voix ( ici de Véronique Gens ) me dérange, bien au contraire, mais elle correspond moins, actuellement, à mes attentes.
Quant au texte de Romain Bussine : sa splendeur ne saurai mieux me sieds actuellement.
Je t' embrasse
Je comprends parfaitement que la transcription puisse te parler plus que l'original, j'ai même le sentiment, en relisant les commentaires à ce billet, que c'est globalement la majorité qui se dégage. Est-ce dû au fait que cette version purement instrumentale fait tomber les barrières éventuellement installées par la langue ? C'est une piste
Je t'embrasse.
Je n'en puis mais...
je découvre (avec retard) votre nouvel espace, et ce billet sur Fauré, dont l'élégie et surtout son admirable Pelléas ne quittent pas mon coeur.
Musicien trop peu entendu, c'est avec délices que je réentends cette pièce si prenante.
Amitiés
Je suis heureux que vous ayez trouvé sur ce nouvel espace, que je souhaite plus "ouvert" encore que le précédent, de quoi réjouir vos oreilles. Je ne peux qu'acquiescer à ce que vous dîtes sur Gabriel Fauré, dont la musique mériterait vraiment d'être plus diffusée, tant elle recèle de merveilles.
Amitiés à vous.
Je suis heureux que cette musique de Fauré ait su vous charmer. Vous avez raison, une certaine forme de mélancolie y règne, celle qui s'installe souvent dans les âmes éprises.
Bien cordialement à vous.
PS : je suis allé brièvement visiter votre espace et il ne fait aucun doute que je vais aller vous lire avec attention.