Lundi 20 juillet 2009 1 20 /07 /Juil /2009 11:02


Jean-Baptiste Camille COROT (Paris, 1796-Ville-d'Avray, 1875),
Vue du Campo della Carita depuis Santa Maria della Salute, 1834.
Huile sur toile, collection privée.

 

Le 3 octobre 2009 aura lieu la première édition de la saison musicale d'une institution à laquelle on ne peut que souhaiter longue et heureuse existence, quand bien même elle met en pleine lumière les insuffisances coupables des pouvoirs publics hexagonaux, prompts, on ne le rappellera jamais assez, à porter en sautoir une identité culturelle dont ils ignorent à peu près tout, quant à la préservation et à la diffusion du patrimoine musical français.

 

C'est donc à l'engagement et à la ténacité de Nicole Bru, soutien de la première heure de l'ensemble Le Concert Spirituel dirigé par Hervé Niquet, créatrice, en 2005, de la Fondation qui porte son nom, que la musique romantique française se doit d'avoir trouvé un havre où elle va pouvoir être enfin étudiée, interprétée et promue : le Palazzetto Bru Zane, à Venise. L'édifice de la fin du XVIIe siècle, entièrement restauré « à l'ancienne », abritera, à l'automne, un Centre dédié à la recherche sur la musique produite en France entre 1780 et 1920 - dont le modèle évoque celui, remarquable, du Centre de Musique Baroque de Versailles - avec pour but de faire principalement connaître des compositeurs que la postérité et son inséparable double, l'ignorance, ont relégués dans l'ombre. Colloques, concerts, publications, enregistrements, les ambitions affichées par l'équipe de direction sont à la mesure des frustrations que l'amateur de musique française rencontre dès qu'il souhaite se documenter plus amplement sur elle en sortant des sentiers balisés par les grands noms que sont, par exemple, Bizet ou Gounod. Le travail du Centre a d'ailleurs déjà débuté et a permis l'édition de soixante-dix partitions, cinq livres et cinq disques, dont celui d'où est tiré l'extrait musical qui accompagne votre lecture.

 

Le programme du premier festival, consacré aux sources du romantisme français donne le vertige, qu'il s'agisse des œuvres ou des talents qui ont été convoqués pour leur donner vie. Imaginez un peu, entre autres, Jadin, Hérold, Onslow, Saint-George, Grétry, Boëly, mais aussi les Italiens actifs à Paris, tels Cherubini ou Rossini, servis par Alain Planès, le Concerto Köln, Hervé Niquet, le Quatuor Mosaïques, Jérémie Rhorer ou encore Marc Minkowski. Un rêve, dont on se plaît à espérer qu'il sera documenté par des retransmissions radiophoniques et au disque pour celles et ceux qui, comme votre serviteur, n'auront pas, sauf intervention divine, la possibilité de se rendre sur place pour écouter des concerts qui s'annoncent prodigieux. Des tournées sont d'ores et déjà planifiées, en France comme à l'étranger, pour certains de ces événements, qui bénéficient, pour la saison 2009-2010, de partenariats avec l'Opéra Comique, le Centre de Musique Baroque de Versailles ou le Conseil général de Moselle.

 

France et Italie ont depuis longtemps partie liée dans le domaine des arts et le nouveau chapitre qu'inaugure le Palazzetto Bru Zane - Centre de musique romantique française promet d'être, sur bien des plans, absolument passionnant. Je souhaite encore une fois longue vie et prospérité à ceux qui œuvrent inlassablement pour que notre patrimoine soit autre chose qu'un gadget politique : une réalité vivante.


Le site du Palazzetto Bru Zane peut être consulté en cliquant ici.


Alexandre Pierre François BOËLY (1785-1858), Sextuor en ré majeur arrangé d'après une symphonie de l'auteur (1827) :
I. Allegro


Ensemble Baroque de Limoges.
Christophe Coin, violoncelle & direction.


Musique de chambre. 1 CD Laborie records LC 05 (distribué par Naïve).

Par Jean-Christophe Pucek - Publié dans : Brèves de saison
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Commentaires

Il est fort appréciable que dans notre époque de consommation il existe encore des personnes qui se battent pour la sauvegarde de notre patrimoine.

Notre patrimoine n’est pas constitué que d’une poignée de compositeurs, d’artistes … tel que Bizet ou Gounod par exemple, il en existe tant d’autres qui ont contribué à notre mémoire musicale.

Merci à vous tous qui vous battez pour sortir de l’oubli des œuvres magnifiques qui ont le droit à la vie.

 

Je ne peux que me joindre aux vœux de Jean-Christophe et vous souhaiter une longue vie et prospérité.

Commentaire n°1 posté par David (67) le 20/07/2009 à 11h50
Quel excellente initiative et en plus à Venise je vais suivre l'évolution de ce centre, et le travail qui s'y acomplira
Commentaire n°2 posté par Jean-Marie le 21/07/2009 à 10h56

Corot qui peint Venise avec son talent coutumier - et tu sais mon affection pour ce peintre - et Venise qui se soucie de la préservation d'une partie du patrimoine musical français, eh bien mon JC...  Excellent !
Riche idée de souligner l'action de la Fondation Bru en faveur d'un répertoire français injustement négligé en ses propres terres et merci aux passionnés qui oeuvrent pour sa mise en lumière et sa sauvegarde.
Le programme et les sessions de recherches du Palazetto Bru Zane me tentent, me tentent... diablement ! Nous en avons parlé. On fait un saut à Venise ? Je n'en suis pas si loin, dis...
Un sans faute, ce sextuor de Boëly par l'EBL sous la baguette de Ch. Coin.
Je t'embrasse fort mon JC.  

Commentaire n°3 posté par Ghislaine le 24/07/2009 à 16h09
Le travail qui est et va être mené par l'équipe du Palazzetto Bru Zane est, à mes yeux, absolument essentiel, cher David. Il va permettre de mettre en lumière certains pans de notre patrimoine musical qui ont été, jusqu'ici, aussi scandaleusement qu'incompréhensiblement négligés. J'ai hâte d'entendre, entre autres, les concertos pour clavier d'Hérold ou de Jadin, si tu savais !
Merci pour ton commentaire.
Commentaire n°4 posté par Jean-Christophe le 26/07/2009 à 09h48
Voici une occasion rêvée de découvrir la musique française, cher Jean-Marie, et je suis certain que le fait que le Centre soit établi à Venise va constituer pour toi un aiguillon essentiel pour ce faire
Commentaire n°5 posté par Jean-Christophe le 26/07/2009 à 09h52
Qu'il me serait agréable, Carissima, de faire le voyage de Venise. Tu as raison, le programme présenté par le Centre de musique romantique française est diablement émoustillant; quand je l'ai découvert, j'ai presque dû me pincer pour m'assurer que je n'étais pas en train de rêver : que tant et tant de figures négligées se voient offrir la chance d'une "seconde vie" m'émeut profondément.
Longue vie au Palazzetto Bru Zane et que des vents favorables portent ceux qui l'animent sur les voies du succès.
Je t'embrasse fort moi aussi.
Commentaire n°6 posté par Jean-Christophe le 26/07/2009 à 10h01
bonjour Jean-Christophe,
je ne connaissais pas ce tableau de Corot, bienheureux son possesseur... il est étonnant comme la main d'un grand peintre change tout, car somme toute cette vue est banale, archi vue, ce pourrait être un de ces lieux communs agaçants qui font grimacer car ils ne disent pas la réalité de la ville (que dit si bien le bois des violons de Vivaldi) et banalise le génie, eh bien non, c'est très beau, ce n'est pas seulement Venise en 1834, ce qui est déjà bouleversant, c'est aussi du Corot.
Avec mon amitié
Commentaire n°7 posté par philippe le 28/07/2009 à 14h24
j'ajoute un grand merci pour l'indication de l'existence du Palazzetto Bru Zane (leur site est très beau), voilà qui devrait donner un charme nouveau à mon prochain voyage à Venise (Ne nous interdisons pas la beauté).
Commentaire n°8 posté par philippe le 28/07/2009 à 14h29
Bonjour Philippe,
"Ne nous interdisons pas la beauté" : je reprends complètement ta dernière phrase à mon compte, si tu le veux bien. Tu as raison, prenons-là à pleines bouffées, à pleine brassées, jouissons-en pour mieux la faire partager. Un tableau de Corot qui transcende un lieu que l'habitude a rendu banal, une fondation qui a redonné vie à un palazzetto de la fin du XVIIe siècle pour lui permettre d'abriter ceux qui luttent contre la coupable anesthésie de nos mémoires, tant de raisons de s'émouvoir et de croire qu'il existe encore, dans une époque qui file vers sa dislocation à tombeau ouvert, des raisons d'espérer.
Avec mon amitié.
Commentaire n°9 posté par Jean-Christophe le 28/07/2009 à 14h49
Te rappelles-tu nos discussions à l'ombre des grands arbres à ce sujet ?
Commentaire n°10 posté par Henri-Pierre le 20/08/2009 à 17h46
Bien sûr que je m'en souviens, cher Henri-Pierre
Commentaire n°11 posté par Jean-Christophe le 21/08/2009 à 16h34

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