Partager l'article ! Brève d'été : Le Palazzetto Bru Zane honore Luigi Cherubini: François, baron ...
François, baron GÉRARD (Rome, 1770-Paris, 1837),
Ossian évoque les fantômes au son de sa harpe, c.1801.
Huile sur toile, 1,84 x 1,94 m, Hambourg, Kunsthalle.
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La France serait-elle en passe de se classer dans le peloton de tête des nations oublieuses de ceux qui ont contribué à son éclat ? Après avoir déployé toute son énergie pour asseoir, en 2009, l’hégémonie de Haendel, quand elle aurait dû, eu égard à son influence sur la musique hexagonale, en consacrer une large partie à fêter Haydn, voici que l’univocité des pâmoisons compulsives autour de Chopin rejette complètement dans l’ombre, en cette année 2010, un compositeur qui a largement contribué à construire la musique française durant une vaste période qui s’étend de la fin de l’Ancien Régime à la Monarchie de Juillet, Luigi Cherubini.
Pourtant, l’italianocentrisme de rigueur dans les milieux musicaux devrait servir ce fils d’un claveciniste du Teatro della Pergola de Florence, cité où il est né en septembre 1760. Lui
tiendrait-on rigueur, lui, formé à Milan et Bologne, d’avoir finalement choisi, après un séjour de dix-huit mois à Londres, de s’établir en France au printemps 1786 ? À moins que ce ne
soit le fait qu’il ait pris ses distances avec l’opéra après l’échec des Abencérages, en 1813 ? Pourtant, avant cette date, Cherubini connut de beaux succès lyriques, notamment au
Théâtre Feydeau, qui vit la création de Lodoïska (1791) ou des Deux journées (1800), opéra-comique joué dans toute l’Europe au XIXe siècle, tandis que sa
Médée (1797, refusée par l’Opéra), sans doute son œuvre la plus connue aujourd’hui, était tombée après une vingtaine de représentations, trouvant paradoxalement son écho le plus
favorable en Allemagne. Peut-être cette désaffection est-elle due à ses fonctions officielles au Conservatoire, dont il fut un des inspecteurs à partir de 1795, qu’il finit par diriger de 1822
au 8 février 1842, un mois avant sa mort, le 15 mars, et pour lequel il écrivit son Cours de contrepoint et de fugue (1835) ? Les sarcasmes dont l’accabla alors Berlioz, qui
n’hésita pourtant pas à s’inspirer de sa manière, n’ont pas été contrebalancés, aux yeux de la postérité, par l’admiration que lui vouaient Haydn, Beethoven et même Brahms ; à Cherubini
s’attache toujours l’image d’un barbon sclérosé et coléreux, tout momifié d’honneurs et assis sur des privilèges défendus bec et ongles, dont la musique ne soutient pas la comparaison avec
celle de la jeune génération, celle des Rossini et autres Meyerbeer.
Cette mauvaise réputation sera sans doute sérieusement mise à mal grâce à l’initiative du Palazzetto Bru Zane, dont il
faut saluer, une nouvelle fois, le courage et l’intelligence. Cette fondation qui se voue à l’étude et à la valorisation de la musique romantique française (voir le billet relatif à cette
institution en cliquant ici) consacre, en
effet, la deuxième édition de la partie vénitienne de son festival (2 octobre-2 novembre 2010), à la célébration du 250e anniversaire de la naissance de Cherubini, en confiant deux
de ses œuvres lyriques, Lodoïska et Pimmalione (1809), aux baguettes « historiquement informées » respectivement de Jérémie Rhorer et de Sébastien d’Hérin. Les deux
autres volets de cette manifestation se dérouleront à Paris, qui se penchera sur les Musiciens de l’Empire à la Restauration (7-15 octobre 2010), tandis que Londres mettra à l’honneur
Les Italiens à Paris (1er-4 décembre 2010). A l’heure où j’écris ces lignes, la programmation de ces séries de concerts n’est pas intégralement connue ; je ne peux
qu’espérer y voir figurer au moins une des magnifiques messes de Cherubini (dont, l’intégrale, aussi discutable stylistiquement que de haute tenue musicale, de Riccardo Muti sera rééditée par
EMI à la fin du mois d’août), ainsi que ses quatuors ou ses pages orchestrales – ouvertures d’opéra qui préfigurent de façon fascinante, comme le montre celle de Lodoïska, qui
accompagne votre lecture, l’ouverture de concert, ou son unique symphonie. Je gage que la qualité des interprètes invités, soucieux, pour la plupart, de redonner à la musique ses couleurs
d’origine, jouera, sous réserve que les concerts puissent être radiodiffusés ou donner lieu à des enregistrements, un rôle de révélateur et rendront à Cherubini la place importante qui est la
sienne, celle d’un pont essentiel entre esthétiques classique et romantique.
Le site du Palazzetto Bru Zane est accessible en suivant ce lien.
Luigi CHERUBINI (1760-1842), Ouverture de Lodoïska (1791).
Zürcher Kammerorchester
Howard Griffiths, direction
Symphonie en ré majeur, Ouvertures. 1 CD CPO 999 521-2. Ce disque peut être acheté
en suivant ce lien.
Illustration complémentaire :
François DUMONT (Lunéville, 1751-Paris, 1831), Portrait de Luigi Cherubini, 1792. Miniature sur ivoire, 17 x 12,3 cm, Paris, Musée du Louvre.
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Heureuse initiative du Palazzetto Bru Zane ! Et merci à toi mon JC de la mettre en lumière.
Dommage, vraiment, que les échos à cette brève aient retenti, comme cela est de plus en plus fréquemment le cas, en d'autres lieux plutôt qu'ici, FB pour ne pas le nommer, qui, si je reconnais qu'il peut être un fabuleux outil de communication, voire de commercialisation - car indirectement n'est-ce pas avant toute chose ce qu'on y fait, se vendre et parler quasi pathologiquement de soi-même, fût-ce sur le mode du badinage ? - est aussi à mes yeux un étrange espace vide où s'entrechoquent jets narcissiques, bavardages inutiles, papillonnages rapidement agaçants heureusement nuancés par de fort intéressantes informations ou réflexions.
Les blogs étaient un vrai partage, FB est une concentration d'individualités qui s'exposent. Je déplore infiniment le fait que l'on ne prenne plus la peine de saluer, fût-ce de quelques mots, comme le fait Laure - et à coup sûr d'autres, que j'oublie de citer, qu'ils me pardonnent - avec beaucoup d'à propos, le travail de fond mené sur les blogs tels que Passée des arts. Tu voudras bien pardonner cette digression, mon JC, et ne pas m'en tenir rigueur, étant évident que ceci n'est qu'un constat qui m'est tout personnel et qui, à ce titre, n'engage, cela va de soi, que ma modeste personne. J'aurais d'ailleurs dû, par égard pour toi qui est ici sur tes terres, probablement plutôt me taire. Mais tu connais mon agacement et tu sauras, je n'en doute pas, considérer celui-ci avec indulgence.
Mais revenons à l'essentiel. De Cherubini, dont j'apprécie les oeuvres lyriques à leur juste valeur, j'aime par-dessus tout sa musique instrumentale et ses oeuvres sacrées (ah, ses messes !)
Merci à toi de t'être fait l'écho du PBZ.
Je t'embrasse fort, très fort mon JC. Ne perds jamais cette flamme qui t'anime.
Eh oui, Carissima, le phénomène, déjà observé et recensé ici-même, de désertion des blogs au profit de Facebook se poursuit inexorablement, et il ne me semble pas que l'on puisse y faire quoi que ce soit, hélas. Il sera toujours plus facile de cliquer "j'aime" que de laisser trois mots ici, tout va trop vite, on découvre, on consomme, on oublie en passant à autre chose
Un jour, sans doute, ce type de comportement finira par décourager définitivement les gens d'écrire et il n'y aura plus que
cette espèce de bourdonnement ininterrompu qui signe les réseaux sociaux, quel que soit leur nom.
Tout comme toi, c'est essentiellement le compositeur de musique sacrée et l'orchestrateur de grand talent que je prise en Cherubini. Ce que je connais de ses opéras pour le moment ne me convainc pas, non que la musique ne soit pas bonne, mais elle est interprétée avec tant d'empois et d'emphase qu'elle est, à mon sens, largement défigurée. C'est pour ceci que l'initiative du Palazzetto Bru Zane me semble digne du plus grand intérêt et que je la relaie : enfin, on va rendre, même si ce n'est que partiellement, ses couleurs d'origine à Cherubini. A suivre, donc, en espérant que certains concerts seront diffusés à la radio.
Je t'embrasse très fort moi aussi.
"par dessus tout la musique instrumentale et les oeuvres sacrées", pardon, j'en perds mon français
Ta formulation d'origine allait bien aussi, Carissima
Univocité des pâmoisons compulsives, il n'y a que toi pour dire les choses de cette manière et je me réjouis que tu ne ressembles pas à l'un des fantômes évoqués par la harpe ! Bien qu'ils soient fort séduisants mais les fantômes n'écrivent pas ni ne proposent des compositeurs fort talentueux et ignorés de ... moi
j'exagère dans la honte et je te remercie cher Jean-Christophe d'être si généreux.
Certains diraient, chère Marie, que, Dieu merci, il n'y a que moi pour dire les choses de cette façon
! Même si je
me terre en ce moment pour diverses raisons (dont la chaleur), je vais tenter, promis, de ne pas virer trop vite à l'ectoplasme et de continuer à proposer ici des rencontres avec les compositeurs
qui me touchent. J'espère te retrouver encore longtemps au rendez-vous que je donne et je te remercie de ta fidélité.
Périodes ambigües, personnages qui ne "collent pas" tout à fait à leur temps.
Fluctuations des mémoires et des modes...
Mais croyons aux éternels retours ; les parques filent et brouillent les échevaux des destinées, mais soudain, une intervention de hasard ou déterminée démêle un fil, et, revient en surface celui qui sommeillait dans les limbes de l'oubli.
Rien n'est éternel, pas plus la renommée que l'oubli.
Effectivement, tu as raison, cher Henri-Pierre, les lauriers comme les épines finissent un jour par dessécher et tomber en poussière. En revanche, ceux qui font de l'histoire des arts avec un double-décimètre sont toujours là et tant qu'ils continueront à nuire, l'oubli et l'injustice ne prendront pas de vacances, hélas.
Misons cher Jean-X sur ceux qui ne "font" pas de l'histoire des arts mais sont sensibles à l'art.
Et prions, mon ami, pour qu'il existe de plus en plus de gens chez qui l'un va de pair avec l'autre.
Coucou JC, ah ah j'avais zappé cette "brève" (de grand luxe...) en son temps ! Je viens de tomber dessus en faisant des recherches sur Cherubini, c'est marrant !! Donc merci et bravo car, à quelques encablures de la fin du quart du millénaire, le bilan Cherubini en France me semble désolant, et tout papier aussi bien tourné que celui-ci contribue à lutter contre cette misère.
En effet, bien que tu écrives que Paris doive donner du 7 au 15 octobre "les Musiciens de l'Empire à la Restauration", telle expo ou tel festival n'a jamais eu lieu en notre bonne ville (j'ai même vérifié sur le net) ?? Et donc - sauf omission - il aura fallu s'y contenter en 2010 d'une 'Lodoïska' en coup de vent (un seul concert... un lundi !!), plus un 'Ave Maria' par-ci et un 'Quatuor' par-là, ce qui est déjà très bien, j'avoue... à condition d'avoir le bon tuyau à temps... ((:
A quoi on peut ajouter le 'Requiem à la mémoire de Louis XVI' par Niquet à Versailles le 21 janvier prochain... 45 euros la place (minimum) pour 45' de musique, fais la division, je trouve qu'il y a de l'abus - en tout cas, à ce prix, même près de chez moi, je n'irai pas !! Mieux que rien, tout cela, assurément, je le redis. Mais tout de même pas terrible au final... (:
Comme tu sais, je pense que c'était l'occasion ou jamais pour - entre autres - une 'Médée' triplement originale (instruments, langue, dialogues versifiés) dans la ville de sa création, ce qui est la moindre des choses : j'ai fait un petit comm' autour de tout ça sur la page FB du Palazetto, dont le gérant (Alexandre D. ??) semble m'avoir pris un peu de haut... Tant pis...
La route est longue !! Bises, J. :)
Coucou ami Jacques,
"Mieux vaut tard que jamais", dit le proverbe, et c'est une joie pour moi de te retrouver autour de cet ancien billet consacré à un compositeur pour la réhabilitation duquel, en d'autres lieux, tu fais beaucoup et bien.
Je suis triste, moi aussi, de voir que l'anniversaire de Cherubini, dont on rappellera jamais assez tout ce que la musique française lui doit, ait été à ce point passé sous silence, hors Lodoïska et la saison du Palazzetto Bru Zane, hélas principalement réservée aux privilégiés qui peuvent se rendre à Venise. Il y avait pourtant largement de quoi faire, mais, outre les moyens matériels, c'est bien la volonté qui a manqué. Les institutions culturelles françaises, ou ce qui en tient lieu, ont tout misé sur Chopin, comme, l'an dernier, elles ont survalorisé Haendel au détriment de Haydn, parce que supposé plus vendeur. Cette politique du moins disant est assez insupportable, quand il reste tant de choses à redécouvrir - et que n'aurions-nous donné, comme tu le soulignes justement, pour entendre Médée rendue enfin à ses vraies couleurs ?
Tu as raison, le chemin est long, et une institution comme le Palazzetto a encore bien des efforts à faire pour se rapprocher de son public français, car c'est aussi sur lui qu'elle bâtira son succès. J'irai voir le commentaire que tu as laissé sur la page dédiée, en espérant que sa hauteur ne t'aura pas découragé.
Bises et merci pour ton commentaire.
JC