La
nouvelle ne fera pas grand bruit en France, le pays où il avait pourtant choisi d’élire domicile. D’ailleurs, il suffit de regarder les trois poids lourds de la presse nationale en ce 26
novembre 2009 pour s’en convaincre ; seul Le Figaro, décidément le quotidien le plus complet et, souvent, le plus pertinent pour ce qui relève de l’actualité culturelle, se fait
l’écho de l’événement, et encore, en une dizaine de petites lignes reléguées dans la colonne des « brèves », quand la revente du catalogue des chansons de Claude François a droit à un
article complet. Il n’empêche que c’est un chercheur de tout premier plan qui est mort, dans la plus grande discrétion, le 20 novembre 2009 au domaine des Foncoussières à Rabastens dans le
Tarn.
Howard Chandler (H.C.) Robbins Landon est né à Boston dans le Massachussetts, le 6 mars 1926. Il fait des études de musicologie au Swarthmore College (Pennsylvanie),
dont il est exclu à la suite d’une affaire de cœur avec une de ses camarades, puis à l’université de Boston. Ainsi qu’il le rapporte dans ses mémoires (Horns in high C, 1999), Karl
Geiringer, un de ses professeurs à Boston lui fait écouter un jour un enregistrement de la Symphonie n°93 de Haydn. « Pensez-vous, Monsieur, qu’il existe 104 symphonies
de Haydn comme celle-ci ? » demande le jeune homme. « Plus ou moins » répond le maître. Cette rencontre avec le compositeur décidera de sa vocation. Arrivé en Europe en
1947, Robbins Landon gagne tout d’abord sa vie comme critique musical, mais peut rapidement, grâce aux relations nouées alors qu’il servait dans l’armée, avoir accès à de très nombreux fonds
d’archives et entamer ainsi une véritable carrière de chercheur. Il fonde en 1949 la Haydn Society de Boston, dont l’activité s’étendra ensuite à Vienne, institution qui produit, la même année,
un enregistrement de la Harmoniemesse, entreprise dont le succès assied définitivement l’autorité de Robbins Landon. Il publie, en 1955, une édition complète des symphonies de Haydn,
tout en continuant inlassablement à interroger les sources, à exhumer des manuscrits, à recouper témoignages et chroniques se rapportant au compositeur. Ce travail titanesque aboutira à une
somme biographique impressionnante en 5 volumes, Haydn : Chronicle and works (1976-1980) qui, en dépit de trouvailles et d’études plus récentes, fait toujours et sans doute pour
encore longtemps autorité.
S’il s’est aussi penché sur d’autres compositeurs – on lui doit notamment cinq remarquables ouvrages sur Mozart, partiellement traduits, contrairement à sa somme sur Haydn, en français (Fayard) – c’est au maître d’Eszterhaza que le nom de Robbins Landon reste indissolublement attaché. Qu’il s’agisse d’études musicologiques ou de supervisions d’enregistrements (les volumes de symphonies ou de messes enregistrées par Bruno Weil chez Sony, par exemple), l’homme a façonné, avec une érudition souriante, la perception que nous avons du compositeur et a largement contribué à nous le rendre plus proche en lui redonnant une véritable dimension humaine. Avec une suprême élégance, Robbins Landon s’éclipse l’année même où la France a coupablement oublié de célébrer le deux-centième anniversaire de la mort de Joseph Haydn ; il est permis d’imaginer que ce dernier aurait goûté cette ultime facétie et d’espérer qu’il a fait bon accueil à celui qui fut, ici-bas, un de ses serviteurs les plus acharnés et les plus inspirés.
Joseph HAYDN (1732-1809), Symphonie en ré majeur, Hob.I.93 :
2e mouvement, Largo cantabile.
Orchestra of the 18th Century.
Frans Brüggen, direction.
Les Symphonies Londoniennes. 4 CD Philips Classics 442 788-2. Indisponible.
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Tout passe, tout s’efface, hormis le souvenir…
… Grâce à toi cher Jean-Christophe le souvenir est vivant, même si la France oublie un Maître et l’un de ses serviteurs.
Il s’est retiré en toute discrétion mais nous laisse un héritage précieux, reste à espérer que grâce à des passeurs comme toi cet héritage ne meurt pas dans l’oubli.
J’ose dire que Monsieur Robbins Landon, mort discrètement, a certainement été accueilli par celui qu’il a servit avec tant de ferveur, je pense, hormis de passer son savoir,la plus belle récompense que l’on peut lui souhaiter.
J’espère que de la où il se trouve il lui est possible de lire cette éloge afin qu’il sache que son travail n’est pas oublié mais bien un héritage…
PS : pour ce qui est des funérailles, je suis d'accord avec toi, rien ne presse
Puisse toute cette somme de travail continuer à vivre maintenant et à susciter des vocations, la musique de Haydn le mérite tellement.
Je me joins à cet hommage sincère. Assez ironiquement, je n'ai lu que ses ouvrages sur Mozart. Comme quoi...
C'est un grand Monsieur qui nous quitte, en effet. Merci à toi de lui consacrer un billet. Heureusement que des gens comme toi en parlent.
Amitiés,
G.
Sache que je reviens de promenade, un brin de nostalgie, je suis allée voir Jardin, je t'embrasse.
Quoi de plus naturel que rendre hommage à ceux qui vous ont donné du plaisir et appris tant et tant de choses ? Je pense à cette phrase de Louis Jouvet au sujet de Molière : "chacune de ses pièces est une pièce d'or dont on n'a jamais fini de rendre la monnaie". On pourrait dire la même chose de travaux de Robbins Landon qui, je l'espère, continueront à faire des émules.
Amitiés.
PS : très courageux, ton billet sur le Debussy de Niquet. Je te lis et te commente ce week-end.
Je ne suis guère surpris que ce tableau t'ait parlé; je lui trouve, pour ma part, une dimension funèbre diffuse mais prégnante. Qu'en penses-tu ?
Pensées et bises à toi ainsi qu'à ta petite Jehanne.
Et mais ouiiiiiiii bien sûuuuuuuuuur que j'aime la musique avec laquelle tu illustres tes écrits!
Ceci étant dit, je n'ai toujours pas retrouvé de vocabulaire depuis la dernière fois
C'est fou ce que le trac me perturbe, finament...
Je dis ça, parce que Joli-papa était tambour-major. A chacun sa musique n'est-il pas vrai ? Merci infiniment de nous offrir la tienne.
Merci à toi pour ta présence.
Oh eh bien moi je peux comprendre Laure pour ce qui concerne sa nostalgie d'un certain jardin si riche que je m'y promène encore de temps à autre moi aussi. Ce qui ne veut pas forcément dire que "c'était mieux avant"...
Je t'embrasse fort.
Pour ce qui est de Jardin, tu sais que j'en ai aussi quelquefois un brin la nostalgie, mais la vie est devant et c'est ici que je continuerai, à tenter de lui donner une forme
Je t'embrasse fort moi aussi.
Merci Guislaine! Effectivement il n'y avait aucun "c'était mieux avant" mais les doutes qui torturent notre JC me surprennent encore. L'important c'est toi Jean-Christohe et tout ce que tu apportes au travers de tes écrits, de ces cadeaux que tu nous offres. Ainsi que je l'écrivais sur Jardin, les pas sont plus importants que leurs traces.
Je me dois donc de poster une vidéo de Haydn ce dimanche. Je donnerais les liens de ton article et de celui de Ghislaine, andante-Moderato.
Bonne fin de journée et merci, c'est un grand plaisir toujours de voyager sur ton site.
Dany
Des événements indépendants de ma volonté m'ont empêché de te répondre plus tôt et de te remercier pour ton commentaire, mais sache qu'il m'est allé droit au coeur. Si tu m'y autorises, je souhaiterais ajouter Fanal Safran dans mes liens; aurais-tu la gentillesse de me faire connaître ton accord ?
Bien à toi.
Piero
Je vous prie de bien vouloir excuser cette réponse tardive, due à des facteurs extérieurs à mon vouloir. Lorsque j'ai appris, en feuilletant la presse, la mort d'HC Robbins Landon, la nécessité d'un hommage s'est imposée à moi, tant la dette de tout haydnien fervent envers ce remarquable chercheur est énorme. Avez-vous, par ailleurs, noté le silence assourdissant des média sur cette disparition ? Je pense, mais sans certitude, qu'il doit bien y avoir à Paris quelque bibliothèque qui possède sa somme consacrée à Haydn. Je tâcherai de me renseigner.
Je vous remercie de l'attention que vous portez à mon travail. Je compte poursuivre les billets consacrés à Haydn au-delà de 2009, qu'en pensez-vous ?
Bien cordialement à vous.
Ce morceau musical de Haydn, brillant et reccueilli, eh bien tu le transformes en vibrant et sensible requiem.
Il me plaît de voir dans le tambour orphelin de ses sons et dans l'épée abandonnée dans son fourreau les traces vivantes de qui s'exprima et lutta pour sa vie.
Même la bannière s'incline en mémoire de qui fit du bruit et bougea et qui n'est plus.
Je pense au "bigger splash" de David Hockney où la trace de l'homme est plus vivante qu'un portrait. Et tellement plus émouvante.