Partager l'article ! Permanences: Homme se tenant au coin du feu, Livres d’Heures, Paris ?, fin du XVe siècle. Enl ...
On ne choisit jamais le moment où les choses nous prennent par la main et nous poussent, presque malgré nous, à sortir du silence où nous avions trouvé refuge. Dans le salon de musique de la grande maison de Charmes en l’Angle lentement envahi par la pénombre de la fin d’une après-midi de décembre, l’esprit au bord du chaos se rassérène en accomplissant le geste simple et immémorial qui consiste à entretenir le feu, tandis que d’une autre pièce parviennent les notes d’une ballade de Guillaume de Machaut. Ces longues nuits de froidure ne sont finalement pas si éloignées de celles qu’a pu connaître le chanoine de Reims il y a plus de six cents ans et je n’ai aucun mal à l’imaginer tisonnant la bûche du foyer, approchant ses mains de la flamme pour les réchauffer avant de retourner à sa table de travail pour rimer les douleurs qui débordent d’un cœur trop aimant pour n’être pas meurtri. Et c’est une étincelle étonnamment claire de ce XIVe siècle qui, d’ordinaire, s’obstine à trembler comme un mirage sur l’horizon brûlant lorsque, concentrant notre esprit, nous nous évertuons à tenter de l’apercevoir nettement, qui s’invite subitement, malgré les distances temporelles ou spirituelles.
Je nourris le rêve, qu’il serait peut-être plus sage de nommer illusion, que le fil qui nous relie aux générations passées, y compris les plus éloignées, ne s’est pas complètement rompu et qu’en nourrissant assidument notre familiarité avec l’univers qui fut le leur, il nous est quelquefois possible de les sentir avec une acuité autre qu’intellectuelle, un impact que je pourrais qualifier de physique. Comme si le regard, après s’être longuement accoutumé à l’obscurité qui entoure les époques révolues, finissait par être en mesure de percevoir des signaux infimes, un rai de lumière filtrant du volet fermé sur l’insaisissable jadis, une porte entrebâillée sur l’immuable flux du temps. Si nous y prenons garde, mille petits détails, un vers, une anecdote, un détail d’architecture, un trait de pinceau, une mélodie, semblent avoir été semés ici et là pour nous servir de relais afin de nous permettre d’aborder à des rives anciennes qui nous paraissent pourtant si loin de nos préoccupations quotidiennes, de nos vies de galopeurs modernes obsédés par le « plus » quand ils ne devraient se préoccuper que du « mieux ». Ces petits cailloux blancs, je les nomme permanences ; ce sont elles que je traque inlassablement, à la recherche de ce souffle commun qui traverse les siècles et porte femmes et hommes à peindre, écrire ou composer, à dépasser l’abattement qui saisit tout mortel lorsqu’il devient conscient de l’inéluctabilité de son destin.
À l’heure où le monde succombe à la chaleur frelatée de fêtes de fin d’année qui sont surtout celles de la froide hégémonie des commerçants, je souhaite, pour ma part, continuer à entretenir patiemment la flambée de la mémoire, en me gardant, autant que faire se peut, de l’embrasement aussi brillant que bref de ces feux de paille qu’on appelle des modes. Demeurerez-vous près de l’âtre pour vous y réchauffer aussi ?
Guillaume de MACHAUT (c.1300-1377), Esperance qui masseure, ballade (B13)
Ensemble Musica Nova.
Lucien Kandel, ténor & direction.
1 CD Æon AECD 0982. Ce disque peut être acheté en
cliquant ici.
| Février 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | ||||||||
|
||||||||||
Après ton absence en ces lieux, je suis ravi de pouvoir à nouveau te lire cher Jean-Christophe.
Il y a quelques années maintenant que je me tiens loin de ces feux de pailles. Noël ne devrait plus porter ce nom mais plutôt fête de la consommation…
Peu de personnes à mon sens savent ce qu’est noël en réalité ou même d’où vient la tradition du sapin. Malheureusement maître Euros et Cie ont eu raison des valeurs humaines.
C’est avec grand plaisir que je suis ton invitation et viens me réchauffer près de l’âtre.
Je t’embrasse
Je t'embrasse.
J'ai lu l'entretien accordé par Nikolaus Harnoncourt à Diapason et, alors que les précédentes déclarations du chef m'avaient laissé quelque peu dubitatif (la propension qu'ont certaines légendes à distribuer des bons et des mauvais points a toujours tendance à me hérisser), je l'ai trouvé ici d'une lucidité à la fois terrible et lumineuse, vraiment stimulante pour l'esprit en tout cas. Je partage complètement votre opinion et je me dis souvent, moi aussi, que nous finirons par ne léguer aux générations à venir que des décombres, des bribes informes, tant le monde va galopant, enivré de sa propre vitesse, en se donnant l'illusion de la vie par la rapidité du mouvement. Je suis profondément reconnaissant à tous ceux qui ont oeuvré et oeuvrent pour rester à l'écoute de notre héritage, qu'ils soient artistes ou chercheurs, parfois les deux ensemble. Ils nous tendent un témoin qu'il n'appartient qu'à nous de saisir pour l'offrir à notre tour, en espérant qu'il tombera entre de bonnes mains. Si je peux, à mon tout petit niveau, contribuer aussi un peu à ce travail de mémoire, alors tant mieux, la tâche que je mène pour nourrir ce site n'est pas complètement inutile.
Merci pour votre commentaire et bien cordialement à vous.
Puisses-tu ne jamais avoir cet air si meurtri et viens te chauffer à l'âtre de ma cheminée. Encre luisante, encre à l'épreuve, encre sans pareille, toutes ces encres que tu utilises ici me font penser au Marchand d'Encre qui veille sur Toi.
Bises
C'est l'hiver, c'est le soir, près d'un feu dont la flamme
Eclaire le passé dans le fond de ton âme.
Au milieu du sommeil qui plane autour de toi,
Une forme s'élève ; elle est pâle ; c'est moi ;
C'est moi qui viens poser mon nom sur ta pensée,
Sur ton coeur étonné de me revoir encor ;
Triste, comme on est triste, a-t-on dit, dans la mort,
A se voir poursuivi par quelque âme blessée,
Vous chuchotant tout bas ce qu'elle a dû souffrir,
Qui passe et dit : " C'est vous qui m'avez fait mourir ! "
Je vous embrasse, Jehanne et toi.
Peut-être parce que je grandis, vieillis devrais-je dire, cette fête n'a plus le même goût qu'avant....et à l'heure où Enzo grandit et est en âge de comprendre et de se souvenir, ces questions se font plus présentes quant à lui "léguer les vraies valeurs"....Chose difficile dans une société qui consomme à outrance, où chaque action se monnaie et dans laquelle la gratuité d'un acte ne veut plus rien dire....et ne se rend pas ou ne veut pas se rendre compte qu'il faut faire un trait sur ces comportements qui nous conduisent tout droit à notre perte. Il suffit comme tu le dis si bien de regarder un tout petit peu en arrière et d'écouter pour se entrevoir tout ces rais de lumières futurs....
A toutes ces mondanités, je préfère de loin un bon repas entre amis, à partager, discuter "refaire le monde", rire.....et de préférence au coin d'un bon feu si possible....
Je pense bien à toi,
Stéphanie
Je ne doute pas un instant que tu feras de ton mieux pour apprendre à Enzo que tout ne s'achète pas ici-bas et que s'il est bon de profiter de ce que nous offre la société dans laquelle nous vivons, ceci ne doit jamais être synonyme d'asservissement vis-à-vis de la matérialité. Puisses-tu l'aider à être à l'écoute du fabuleux héritage des maîtres du passé dont il est, comme nous tous, dépositaire, qu'il en ait conscience ou non.
Je pense bien à toi et vous embrasse tous les deux.
NOSTALGIE DE L’HIVER
C’est facile d’aimer les printemps, les automnes,
Et de se souvenir des lumineux étés.
Mais les hivers par rime et raison monotones,
Plus d’une fois aussi je les ai regrettés.
Les jours, les ans auront tourné comme un manège
De plus en plus rapide (il est devenu fou)
Et j’aimerais revoir, rime, tomber la neige
Sur l’heure qu’elle endort, l’espace qui se fout
Alors d’être une rue ou les plaines d’Asie,
Car il est devenu pleinement ce qu’il est,
Tandis que l’âme sous la blanche anesthésie
Rit de ne plus sentir la pointe du stylet
[…]
Jacques Réda, L’adoption du système métrique,
Cordialement à vous.
Voilà un nouveau billet empli d'une émotion certaine.
L'âtre est entretenue qu'importe la saison, sur ce site : j'aime venir y suivre quelque trace encore palpable laissée par un homme il y a quelques six cent ans et que tu décides d'évoquer ; m'y ressourcer et m'y réchauffer. Peut-être est-ce là la permanence.
Noël sans aucun doute la fête la plus belle qui soit. C'est avant tout pour moi celle des souvenirs. Que d'émotion à réouvrir les mêmes boîtes année après année qui nous font replonger quelques dizaines d'années en arrière, voire davantage, lorsqu'on sort les décorations du sapin ! Je me permettrais de nuancer un peu les propos quelque peu alarmistes que je lis. Je suis convaincu que notre époque ne fait pas figure d'exception : il faut remonter au XIXe siècle et à la révolution industrielle (et l'avènement de la propriété privée) pour voir apparaître des "morales" toutes chrétiennes émerger dans le monde profane. Toute comparaison entre notre époque contemporaine et une période antérieure à celle du XIXe siècle ne tient pas (anachronisme). C'est dans l'après-guerre que le goût à consommer émerge, avec l'avènement de la "massification" ou "démocratisation" (chacun choisira la formule la plus convenue) des biens et du "pouvoir d'achat". L'homme sera-t-il plus heureux ? Il le pense, mais la "perfectibilité de l'homme" par la technique ou la possession d'un bien est un vieux débat.
Je pense que c'est le consommateur-brebis à blâmer et non les commerçants sans scrupules, même si notre morale judéo-chrétienne nous a enseigné l'opposé.
Quoi de plus plaisant que d'échanger des cadeaux entre personnes qui nous sont chères ? Lorsque ces présents sont sincères et un minimum personnalisé, il est inutile qu'ils soient honnereux.
Je suis heureux de te lire à nouveau, cher Jean-Christophe.
J'ai grand plaisir à te retrouver devant l'âtre dont je continue à entretenir la flambée.
Mes propos n'étaient pas, je trouve, aussi alarmistes que ça et jamais je ne me réfugierai dans une attitude du "c'était mieux avant", qui, comme tu le dis justement, est souvent le fait d'une méconnaissance ou d'une idéalisation (ce qui revient souvent au même) de l'autrefois, donc d'un anachronisme. Ce que j'ai écrit à propos de la fièvre mercantile (qui ne constituait pas le coeur de ce billet), qui est de toutes les époques, est un simple constat et je ne chercherai pas à déterminer qui en est responsable, persuadé que je suis, sur ce point, de la complicité des deux parties avec un système dans lequel chacune trouve son compte. A titre personnel, je ne fête plus Noël depuis plusieurs années, comme je me refuse aux cotillons de la Saint Sylvestre; je ne goûte pas les festivités imposées de l'extérieur sauf si d'aventure elles viennent à rencontrer une exigence intérieure.
A mes yeux, il n'y a pas de salut possible dans la matérialité, ce qui ne veut pas dire que je refuse les plaisirs qui passent à ma portée. Je crois, en revanche, que le désir de posséder qui anime l'Homme et est encouragé par notre société occidentale de manière proprement monstrueuse ne peut la mener, à terme, qu'à l'abîme. Il appartient à ceux d'entre nous qui le souhaitent de faire des choix qui s'opposent à cette course folle. Ne pas garder pour soi ce que l'on apprend en est un, c'est la voie que j'ai choisie, quand bien même elle serait totalement dérisoire. C'est une façon d'offrir à ceux qui me sont chers un cadeau à chaque nouveau billet, quelle que soit la saison.
Amitiés à toi.
Tu sais mon JC, combien je trouve très juste ton propos. Je voudrais juste, néanmoins, dire ce qu'est Noël pour les Nordiques comme moi. En Norvège (et Danemark, Suède, Finlande...) Noël est très fêté, mais fêté, je crois, sans tous ces artifices du consumérisme à outrance. Tout est dans dans la chaleur des retrouvailles, dans la chaleur des êtres, la chaleur des intérieurs... On se retrouve, on parle, on rit, on oublie le froid de la longue nuit pôlaire. On décore les maisons afin que la lumière prenne le pas sur la nuit. C'est bon, c'est chaleureux sans ostentation.
Les noëls provençaux sont très fêtés aussi et me rappellent un peu les noëls norvégiens. Je parle des vrais noëls provençaux, ceux qui restent authentiques, ceux des treize desserts et des crèches, des pastorales qu'on va entendre.
C'est pourquoi je continue d'aimer Noël, en dépit de la débauche de ci, de ça... Dans le marasme ambiant, les gens doivent pouvoir continuer de rêver, alors pourquoi pas, s'ils le font raisonnablement ? Que c'est beau et émouvant le visage d'un enfant qui s'émerveille devant un sapin illuminé ! Non ?
Après, les festivités du Nouvel An, c'est autre chose. Comme je te le disais, que fête-t-on au juste ? Sans commentaire.
Machaut par Musica Nova, c'est un délice.
Continue mon JC, continue sans relâche à entretenir, ici, un feu que nous aimons, car tu le fais si bien. Et il fait si bon venir se tenir près de ce feu-là. C'est aussi le feu de la passion qui t'anime.
Je t'embrasse fort.
Alors tentons de rester le plus fidèle possible à l'esprit de partage et de lumière de Noël, en offrant humblement ce que nous avons de meilleur, à cette occasion comme dans toutes les autres. Tu le fais en faisant de la musique, je tente, pour ma ma part, de porter bien modestement ce qui me touche dans ces pages. Il reste l'essentiel : l'amour.
Je t'embrasse très fort.
De Machaut qui, grâce à toi, dansait aux flammes de l'âtre évoqué me revient en mémoire la douceur de cette journée si proche et déja envolée. Pérennisée dans sa fugacité.
Que le temps retienne ou non son vol, après tout peu importe, il nous laisse des traces, celles que tu évoques et les objets "insignifiants" qui disent tant et que j'essaie parfois, maladroitement, de faire parler.
Permanence oui, la fuite n'est pas disparition, et, au risque de me répéter, je redis le magnifique mot marocain : "il a laissé sa place"
Il est là mon plus beau cadeau, quand il y a partage, même de pas grand chose mais du fond du coeur. Alors forcément, entre les pages du généreux animateur de cette passée des arts , je suis plus que gâtée.
Bonne fin d'année à toi.
La Trollichounette qu'a commandé du vocabulaire pour ses étrennes...
PS: Mazette... Machaut... *soupiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiir*
Mes pensées te rejoignent en Alsace.
A très vite.
Même si ma vision du "monde" était déjà quelque peu différente de ce que la majorité des gens pense, elle a encore plus évolué dans ce sens avec la naissance d'Enzo et des événements peu gais qui l'ont entourés....Il a fallu que je revois mes priorités et que je change mes comportements. Désormais je ne suis plus seule, i est là et c'est à moi que revient le rôle de lui apprendre es valeurs qui me tiennent à coeur, et même si je suis secondée dans ce rôle par toutes les personnes qui l'entourent et le font grandir, c'est loin d'être une chose aisée, mais cela a le mérite de me remettre sans cesse en question.... C'est pourquoi j'admire ce que tu fais, tu nous fais partager ton savoir sans te soucier de savoir si "c'est à la mode".... maintenant il nous appartient de prendre "ce cadeau" comme tu le donnes et après de nous faire nos propres opinions c'est aussi à cela que sert le savoir....alors merci à toi de nous permettre d'en savoir un peu plus! et comme disait ma grand-mère lorsque j'apprenais quelque de nouveau "si les petits cochons ne te mangent pas, on pourra faire quelque chose de toi"....c'est loin d'être de la grande littérature mais c'est une phrase gravée....
A ton petit bonhomme comme à toi même, je souhaite le plus merveilleux des Noëls.
les voix se taisent parfois mais la petite flamme que vous avez allumée ne s'éteint pas et je viens encore sur la pointe des pieds me réchauffer à votre feu.
Je vous souhaite un très Joyeux Noël, empli de paix et d'amitiés en polyphonie.
Bien à vous ,
Noëlle
Même si les voix se taisent, le dialogue qui s'est instauré entre elles ne s'arrête jamais et vous êtes, sachez-le, toujours la bienvenue autour de ce feu que je tente d'entretenir.
Puissent ces fêtes de Noël être douces pour vous et ceux que vous aimez.
Bien sincèrement.