Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 15:23


zoffany reverend burroughes son fils ellis
Johannes Josephus Zauffaly, dit John ZOFFANY
(Frankfurt am Main, 1733-Strand-on-the-Green, 1810),
Le révérend Randall Burroughes et son fils Ellis, 1769.
Huile sur toile, Paris, Musée du Louvre.
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2010 devrait être riche de commémorations musicales. En France, ainsi que je l’écrivais dans un récent billet, c’est Chopin qui va monopoliser le champ de la mémoire officielle, ne laissant sans doute à Robert Schumann (1810-1856) et Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736), pourtant aussi célèbres que lui, que des accessits. Est-il vraiment utile, une fois ceci posé, de préciser que tous les autres compositeurs malheureusement concernés, cette année, par un anniversaire de naissance ou de mort passeront plus ou moins complètement à la trappe ? Fidèle à sa ligne directrice, Passée des arts se devait de vous proposer quelques rendez-vous avec ces « oubliés de 2010 » ; voici le premier.

 

wilhelm friedemann bach Évoquer Wilhelm Friedemann Bach, c’est se trouver confronté à un immense sentiment de gâchis. L’homme, en effet, avait tout pour réussir une brillante carrière. Né à Weimar le 22 novembre 1710, il est le fils aîné et aimé de l’immense Johann Sebastian Bach (1685-1750), qui parlera toujours de lui comme de son préféré. Si « Friede » fait précocement preuve d’indéniables dispositions pour la musique, son père, qui n’a pas eu la possibilité de faire de longues études, tient à ce que sa progéniture ne soit pas privée de cette opportunité : en 1729, Wilhelm Friedemann entre à l’université de Leipzig pour faire son droit ; il y étudiera également les mathématiques et la philosophie. Son éducation musicale, elle, se déroule naturellement au sein du cercle familial. Le Klavierbüchlein für Wilhelm Friedemann Bach, anthologie de 63 pièces pour clavier constituée par Johann Sebastian à partir de 1720 et qui sera alimentée jusque vers 1725-26, témoigne du soin apporté à cet apprentissage ainsi que des progrès rapides de l’élève, que son père envoie en outre, entre juillet 1726 et avril 1727, se perfectionner dans la technique du violon auprès de Johann Gottlieb Graun (1702/03-1771), élève de Pisendel et de Tartini. C’est donc un musicien accompli qui brigue, en 1731, le poste d’organiste d’Halberstadt, qu’il n’obtient pas, bien que les autorités reconnaissent la supériorité de son talent, puis accompagne son père à Dresde, véritable capitale musicale européenne à cette époque. Deux ans plus tard, le poste de la Sophienkirche de la ville étant devenu vacant, Wilhelm Friedemann fait acte de candidature ; il est choisi, après audition, à l’unanimité et prend ses fonctions le 1er août 1733.

bellotto zwinger dresdeServir à Dresde aurait pu se révéler un fabuleux tremplin pour un jeune compositeur de presque 23 ans, mais l’impression qui se dégage des treize années que va y passer Wilhelm Friedemann est celle d’un rendez-vous manqué. Les exigences de sa tâche se résument à accompagner les offices du dimanche après-midi et du lundi matin, ce qui lui permet sans doute de développer encore plus une virtuosité à l’orgue qui sera rapidement légendaire et lui octroie du temps pour composer. Mais s’il a sans nul doute côtoyé les musiciens éminents qui constituaient, à l’époque, l’orchestre de la Florence de l’Elbe (Quantz, Pisendel, Weiss, Zelenka, entre autres), il est cependant resté extérieur à la grande affaire dont la cité sera, sous l’impulsion de Johann Adolf Hasse (1699-1783), enragée jusqu’aux débuts de la guerre de Sept-Ans (1756) : l’opéra italien. Signe indubitable de cette marginalité, l’importante production de Wilhelm Friedemann durant son séjour à Dresde se cantonne à la musique instrumentale. Quelques rares symphonies, dont se dégage l’impressionnante Sinfonia en ré mineur (Falck 45, abrégé Fk., du nom du musicologue auteur, en 1913, d’une monographie et d’un catalogue de l’œuvre de l’aîné des fils Bach), de la musique de chambre, mais surtout de nombreuses pièces pour ou avec clavier : des concertos (comme le remarquable et hélas inachevé Concerto en mi bémol majeur, Fk.42, dont le premier mouvement – le seul entièrement composé – finit par créer une sensation de malaise tant il semble boucler sans fin sur lui-même), des sonates, et, parmi celles-ci sa première (et une des rares) publiée, en ré majeur (Fk.3, 1745), qui ne rencontre, du fait de ses exigences techniques, que très peu d’écho auprès du public, alors que, dans le même temps, triomphent les sonates dites « Prussiennes » et « Wurtembergeoises », éditées respectivement en 1742/43 et 1744, de son cadet Carl Philipp Emanuel (1714-1788), pourtant très ambitieuses elles aussi. Cet échec pesa-t-il dans la décision de Wilhelm Friedemann de quitter Dresde, où il semblait acquis qu’il n’avait pas sa place ? Peut-être. Le 16 avril 1746, il présente sa démission qu’il a pris le temps de mûrir, puisque cette date correspond également à sa nomination en qualité de directeur de la musique et d’organiste de la Marienkirche (aujourd’hui Marktkirche) de Halle.

johann david schleuen marktkirche marienkirche halle Ce nouveau poste semble plus prometteur que le précédent : un salaire quasi doublé, l’obligation, outre d’accompagner les offices à l’orgue, de fournir des œuvres pour les trois églises de la ville. Mais Halle n’offre pas à la musique des conditions matérielles aussi brillantes que Dresde, ni même que Leipzig, loin de là. Le goût musical y est plutôt conservateur, chanteurs et instrumentistes (seulement 9 permanents en 1746) sont répartis entre les différentes églises, dans lesquelles on ne donne de cantates qu’un dimanche sur trois, sans qu’elles soient nécessairement de la plume du directeur de la musique lorsqu’elles prennent place lors des offices dominicaux ordinaires. Wilhelm Friedemann n’aura donc jamais l’occasion de composer de cycles de cantates comme l’a fait son père et sa production de musique sacrée, qui occupera largement ses années à Halle, demeurera modeste : une trentaine d’œuvres, dont une vingtaine de cantates et deux messes.
Si, durant les premières années, tout semble bien se passer, dès 1750, la situation se dégrade : le 28 juillet, Johann Sebastian Bach meurt et Wilhelm Friedemann, non sans avoir eu soin de se faire remplacer à son poste, se rend immédiatement à Leipzig pour régler la succession. Il ne sera de retour à Halle que le 30 décembre, encourant un blâme de la part des autorités de la ville, qui lui en avaient déjà infligé un en août. L’année suivante voit le mariage, le 25 février, de l’aîné des fils Bach avec Dorothea Elisabeth Georgi (1725-1791), fille de bourgeois aisés, dont il aura trois enfants, deux garçons morts en bas-âge et une fille, Friederike Sophie (1757-1797). Cet épisode heureux ne semble néanmoins avoir été qu’une embellie de courte durée, puisque dès la fin de 1753, Wilhelm Friedemann postule, sans succès, pour un poste d’organiste à Zittau, indice on ne peut plus clair d’un malaise. Le déclenchement de la guerre de Sept-Ans en 1756 gèle pour un temps toute possibilité d’amélioration de la situation du musicien, qui va, en outre, souffrir des restrictions financières imposées par le conflit et voir ses relations avec les autorités de Halle continuer à se dégrader. On le soumet à l’impôt de guerre dont il avait demandé à être exempté, on lui refuse, au motif de sa « conduite inconvenante », toute augmentation de salaire. Comble de malchance, il gâche, par ses atermoiements, une superbe opportunité qui lui est offerte en 1762, celle de succéder à Christoph Graupner (1683-1760) en qualité de maître de chapelle à Darmstadt. Le 12 mai 1764, il démissionne de ses fonctions, dans un contexte qui laisse transparaître, chez les deux parties, de l’exaspération. Il va néanmoins demeurer à Halle jusqu’en 1770, vivant grâce à l’héritage de sa femme et à quelques leçons, tout en tentant, sans succès, de trouver un emploi stable et de publier son Concerto pour clavier en mi mineur (Fk.43, dédicace de 1767), une œuvre dont la recherche de simplicité, qui n’empêche en rien une belle expressivité, semble conçue pour faire pièce aux accusations de bizarrerie et de difficulté d’exécution qui ont été auparavant reprochées à ses partitions, et regarde objectivement vers le style classique :

Au plus tard à l’automne 1770, Wilhelm Friedemann quitte Halle pour s’installer Brunswick. Dès 1771, il postule successivement pour deux postes d’organiste, l’un à Wolfenbüttel en avril, l’autre à Brunswick en mai, avec une audition en juin, où, une fois encore, son talent d’improvisateur s’impose. Mais le sort continue à lui être contraire et il n’obtient aucun des deux emplois. Sa situation financière continue être précaire, mais il subsiste en revendant, petit-à-petit, les manuscrits des œuvres de son père. Une nouvelle fois, il fait ses bagages.

johann georg rosenberg neuer markt marienkircheC’est dans la capitale prussienne, Berlin, que l’on retrouve sa trace en avril 1774. Il y donne une série de concerts à l’orgue qui lui valent de connaître un réel succès et de gagner la faveur de la sœur de Frédéric II, la princesse Anna Amalia de Prusse (1723-1787), musicienne et grande amatrice des Bach, père et fils (Carl Philipp Emanuel lui dédiera plusieurs recueils de sonates). La chance lui sourirait-elle enfin ? Il profite, en tout cas, de cette nouvelle éclaircie pour rassembler et réviser ses douze Polonaises (Fk.12), écrites en deux temps : la série complète existait en manuscrit dès 1771, mais six pièces, dédiées au comte Orlov, directeur de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, ont dû être composées entre environ 1766 et 1770. Presque à elles seules, elles préserveront de l’oubli le nom de Wilhelm Friedemann ; elles seront éditées dès 1819 et se révéleront en parfait accord avec la sensibilité romantique qu’elles préfigurent souvent, comme le prouve la sixième, en mi bémol mineur :

Les Polonaises comptent sans doute parmi les compositions les plus intimes de l’aîné des fils Bach, oscillant entre une mélancolie quelquefois âpre (y compris dans celles écrites en mode majeur) et quelques rares trouées plus lumineuses ; il n’est d’ailleurs pas exclu que Chopin s’en soit nourri.

Les deux derniers concerts d’orgue de Wilhelm Friedemann à Berlin sont documentés les 10 octobre et 3 décembre 1776, avec, semble-t-il, moins de succès. Le compositeur travaille dès 1777, à un recueil de Huit fugues pour clavier (Fk.31) conçu pour Anna Amalia, qui le protège toujours ; l’unique exemplaire imprimé conservé lui sera dédié le 24 février 1778. L’année suivante, le compositeur échoue à obtenir le poste devenu vacant de la Marienkirche de Berlin, et tombe en disgrâce auprès de la princesse de Prusse, après avoir tenté de discréditer Johann Philipp Kirnberger (1721-1783), qui lui enseigne la théorie musicale et la composition. S’il est établi qu’il eut pour élève, après cette date, Sarah Itzig (1761-1854), grand-tante de Felix Mendelssohn, et qu’il continua à composer (la Sonate en sol majeur, Fk.7, avec le tragique Lamento en mi mineur qui constitue son deuxième mouvement, est une œuvre tardive), ce dernier coup du sort, dont il semble avoir été en grande partie l’artisan, le relègue définitivement hors de la vie sociale de la cité. L’aîné des fils Bach « ne se montre pour ainsi dire plus jamais en public et semble oublié de presque tous » lit-on en juillet 1783 dans le Musikalischer Almanach de Leipzig (cité dans Marc Vignal, Les fils Bach, Paris, Fayard, 1997, pp. 308-309). C’est donc obscur et dans la misère que Wilhelm Friedemann Bach meurt à Berlin, le 1er juillet 1784.

 

zoffany reverend burroughes son fils ellis1S’il est un homme intensément représentatif de la fracture entre deux esthétiques, c’est bien Wilhelm Friedemann Bach. Ses racines appartiennent profondément, par son éducation comme par son milieu, au monde baroque, mais son regard et ce que l’on peut percevoir de sa sensibilité se portent déjà au-delà. Nombre d’éléments de ce nouvel univers sont déjà en germe dans son œuvre, et il ne lui a sans doute manqué que la discipline de vie – notons, à ce propos, les problèmes insolubles que pose l’établissement d’une chronologie de ses compositions puisqu’il n’a jamais dressé de catalogue et a montré peu d’égards pour ses propres manuscrits – et l’envie de réussir de son frère, Carl Philipp Emanuel, pour en explorer tous les chemins. Bach père a sans doute trop dit à son aîné qu’il était un musicien exceptionnel, il l’a sans doute, comme on dirait de nos jours, trop jalousement couvé, et, ce faisant, fragilisé en lui faisant nourrir un sentiment de supériorité parfaitement incompatible avec le statut de domestique encore attaché, à l’époque, au métier de musicien, mais aussi en l’empêchant d’acquérir une véritable autonomie. Ceci pourrait largement expliquer, outre, comme on l’a vu, des contextes systématiquement peu favorables qu’il s’est révélé impuissant à changer, son incapacité à conserver un poste stable (on retrouve le même schéma chez Mozart) et la constance avec laquelle il s’est marginalisé. La comparaison avec la carrière et l’œuvre de Carl Philipp Emanuel, le fils cadet contraint d’imposer une voix que le rang de la naissance menaçait d’étouffer, ou de Johann Christian (1735-1782), qui n’a connu qu’un Cantor vieillissant et a largement été éduqué musicalement par Carl Philipp Emanuel, sont éloquentes. Ce sont sans doute les deux fils qui, en faisant valoir leur propre style, « sensible » chez l’un, « galant » chez l’autre, se sont le plus radicalement écartés de la voie du père, avec le succès que l’on sait.

zoffany reverend burroughes son fils ellis2 Pourtant, chez Wilhelm Friedemann, tous les éléments de la réussite sont là. Maîtrise absolue des techniques d’écriture, inventivité réelle, capacité à composer dans des styles très divers, du plus léger au plus sérieux, toutes ces qualités s’imposent à l’écoute de ses œuvres pour clavier seul – sans doute la part la plus personnelle de sa production, celle où il expérimente et se dévoile le plus –, comme de ses concertos ou des quelques cantates qui ont été portées au disque. Certes, la grande ombre du père plane toujours plus ou moins, particulièrement dans le domaine de la musique sacrée, sur ses compositions, mais elles contiennent toujours des échappées qui les rapprochent de l’Empfindsamer Stil (« style sensible ») dont Carl Philipp Emanuel sera sinon l’inventeur, du moins le champion, colorant, par leurs ruptures subites, leurs suspensions imprévisibles, leurs chromatismes douloureux, maintes pages d’indéniables élans préromantiques. Sans son besoin viscéral de recueillir l’assentiment du Cantor (notons, pour l’anecdote, que Wilhelm Friedemann ne se mariera qu’un an après la mort de ce dernier), l’aîné des fils Bach aurait sans doute été mieux à même de faire valoir son originalité foncière en l’intégrant, à l’instar de son cadet, dans un véritable projet esthétique. Reste l’image d’un compositeur que ses tentatives de synthèse entre « ancien » et « nouveau » langage musical rendent passionnant et son parcours personnel chaotique terriblement attachant, et dont bien des œuvres, notamment sacrées, attendent toujours leur résurrection.

 

Discographie sélective

Fantaisies, Sonates, Fugues, Polonaises.

Maude Gratton, clavecin d’après Christian Zell, Hambourg, 1728, et clavicorde d’après un modèle allemand.

maude gratton wilhelm friedemann bach 1 CD Mirare MIR 088. Ce disque peut être acheté en suivant ce lien.

 

Extraits proposés :
1.
Sonate pour clavecin en ré majeur, Fk.3 : 1er mouvement, Un poco allegro.
7.
Sonate pour clavecin en sol majeur, Fk.7 : 2e mouvement, Lamento.

 

Concertos pour flûte traversière en ré majeur, pour clavier en mi mineur et mi bémol majeur. Sinfonia en ré mineur.

Karl Kaiser, flûte traversière, Michael Behringer, pianoforte et clavecin, Robert Hill, clavecin.
Freiburger Barockorchester.
Gottfried von der Goltz, violon & direction.

freiburger barockorchester wilhelm friedemann bach 1 CD Carus 83.304. Ce disque peut être acheté en suivant ce lien.

 

Extraits proposés :
2.
Sinfonia en ré mineur, Fk.65 : 2e mouvement, Allegro e forte (Fuga).
5.
Concerto pour clavier, cordes et basse continue en mi mineur, Fk.43 : 3e mouvement, Allegro assai. (Michael Behringer, pianoforte Keith Hill, d’après Cristofori).

 

Concertos pour clavecin en fa majeur, mi bémol majeur, la mineur. Symphonie en fa majeur.

Guy Penson, clavecin.
Il Fondamento.
Paul Dombrecht, direction.

penson dombrecht wilhelm friedemann bach 1 CD Ricercar 206312. Indisponible.

 

Extrait proposé :
3.
Concerto pour clavecin, cordes et basse continue en mi bémol majeur, Fk.42 : 1er mouvement, Moderato.

 

Cantates. Volume 1 : Lasset uns ablegen die Werken der Finsternis (« Déposons les œuvres des ténèbres », Fk.80), Es ist eine Stimme eines Predigers (« C’est la voix d’un prédicateur », Fk.89). Volume 2 : Dies ist der Tag (« C’est le jour où la souffrance de Jésus », Fk.85), Erzittert und fallet (« Tremblez et tombez », Fk.83).

Barbara Schlick, soprano. Claudia Schubert, alto. Wilfried Jochens, ténor. Stephan Schreckenberger, basse.
Rheinische Kantorei. Das kleine Konzert.
Hermann Max, direction.

hermann max cantates 1 wilhelm friedemann bach 1 CD Capriccio 10425 (volume 1). Ce disque peut être acheté en suivant ce lien.
hermann max cantates 2 wilhelm friedemann bach 1 CD Capriccio 10426 (volume 2). Ce disque peut être acheté en suivant ce lien.

 

Extrait proposé :
4.
Cantate pour la fête de Saint Jean-Baptiste, pour quatre solistes, chœur, deux trompettes, timbales, deux hautbois, cordes et basse continue, Es ist eine Stimme eines Predigers, Fk.89 : Chœur « Es ist eine Stimme eines Predigers »

 

Douze polonaises, Sonate en ré majeur (Fk.3), Fantaisie en la mineur (Fk.23).

Robert Hill, pianoforte d’après Cristofori, c.1720.

robert hill polonaises wilhelm friedemann bach 1 CD Naxos 8.557966. Ce disque peut être acheté en suivant ce lien.

 

Extrait proposé :
6.
Polonaise n°6 en mi bémol mineur, Fk.12.

 

Illustrations complémentaires :

Friedrich ? WEITSCH (attribution incertaine), Wilhelm Friedemann Bach, c.1760. Huile sur toile, Halle, Händel-Haus.

Bernardo BELLOTTO (Venise, 1720-Varsovie, 1780), Les fossés du Zwinger à Dresde (détail), 1749-1753. Huile sur toile, Dresde, Gemäldegalerie alte Meister.

Johann David SCHLEUEN (actif entre 1740 et 1774), Halle, la Marktkirche – Marienkirche. Gravure sur cuivre pour l’ouvrage de Johann Christoph von Dreyhaupt (1699-1768), Beschreibung des Saalkreises, 1749.

Johann Georg ROSENBERG (Berlin, 1739-1808), Vue du Marché neuf et de la Marienkirche, 1785. Eau-forte, Berlin, Staatliche Museen.

Par Jean-Christophe Pucek - Publié dans : Contrepoints
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Commentaires

Dis-moi que tu n'es pas surpris que je vienne te faire remarquer que le choix du tableau de "John Zoffany" s'explique en raison de la "grosse tête" de l'enfant ... Je n'ose pas dire qu'il porte les chaussures dans le mauvais sens (presque) mais bon ! tu vas me pardonner, j'écoute et le son convient parfaitement à mes écouteurs.
Commentaire n°1 posté par Marie le 17/01/2010 à 17h42
Alors, je te dirai que je ne suis pas surpris, chère Marie, parce que c'est en partie pour le caractère à la fois très enfantin et très adulte du bambin et la présence austère de son père que j'ai choisi ce tableau
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 17/01/2010 à 17h52
J'écoute les extraits dans l'ordre proposé, entre 1 et 7 quelle différence !
Commentaire n°2 posté par Marie le 17/01/2010 à 17h46
N'est-ce pas, chère Marie ? Envrion 30 ans séparent ces deux pièces : la première, c'est un jeune homme qui se présente au monde dans toute l'arrogance de son talent, la seconde, c'est ce que la vie a fait de lui.
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 17/01/2010 à 17h54
Quel travail mon JC, vraiment quel travail ! C'est un travail de chercheur que tu nous offres ici, digne d'alimenter les "databases", comment dit-on en français, banques de données je crois, peu nombreuses, consacrées à W.F. Bach.
La première interprétation de clavecin ne me satisfait pas pleinement. La technique, excellente, y est, mais... Le jeu de l'interprète évoluera probablement.
Je m'en tiens là pour aujourd'hui mais reviendrai sans doute sur tes lignes passionnantes et les extraits musicaux qui les documentent.
Je t'embrasse fort mon JC, très fort, et bravo et merci de mettre en lumière et de servir ainsi un remarquable compositeur.
Commentaire n°3 posté par Ghislaine le 17/01/2010 à 18h20
Je me dis surtout, Carissima, que les lecteurs potentiels risquent de détaler devant la longueur du texte, mais bon, je ne pouvais ni ne voulais pas rendre hommage, même maladroitement, à un compositeur de la trempe de WF Bach en 10 lignes et 5 minutes de musique J'espère que ce texte aura permis à celles et ceux qui l'auront de cheminer un peu aux côté de l'aîné des fils Bach et, peut-être, de l'entrevoir un peu.
Pour ce qui est de l'interprétation de Maude Gratton, je fais confiance à ton oreille avertie. Je trouve qu'elle fait preuve d'une belle autorité, avec tout ce que ça peut encore comporter (elle est encore très jeune) d'un peu trop tranchant. Mais c'est un talent prometteur, et je trouve d'ailleurs qu'elle se tire fort bien du Lamento de la Sonate en sol majeur.
J'attends la suite de tes appréciations avec joie et je t'embrasse très fort moi aussi.
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 17/01/2010 à 18h31
Pas découragée par la (fausse) longueur du texte, j'y reviens volontiers et l'écoute des extraits 5 et 6 me ramènent en plein air, l'un dans la forêt des Landes et l'autre sur les bords d'un étang où les éclats de soleil se miroitent en vaguelettes. Fermer les yeux, vivre la musique de l'intérieur, un nouveau rêve d'ailleurs ...
Commentaire n°4 posté par Marie le 18/01/2010 à 17h09
Tant mieux, chère Marie, que la longueur ne t'ait pas découragée : ce billet a été conçu pour avoir sa respiration propre, au plus près, je l'espère, de la musique qui l'illustre. Alors continue à clore tes paupières pour mieux entrer les yeux grands ouverts dans le rêve que te proposent les notes de WF Bach !
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 18/01/2010 à 19h45
Cher Jean-Christophe, merci pour ce beau billet, que j'ai lu d'une traite. L'aîné des fils bach est en effet un des plus grands musiciens de son temps, en dépit des difficultés qu'il a connu. Etre le premier fils du plus grand génie musical de tous les temps n'a pa dû être simple à gérer, j'imagine. Cela me rappelle ce film allemand du début des années 40, qui tentait de dresser un portrait psychologique de l'artiste (http://www.imdb.com/title/tt0159449/) ; un film assez maladroit, mais non dénué d'intérêt. A propos, avez-vous déjà remarqué cette curieuse ironie de l'histoire, que celui dont le prénom est "Friede"-"Mann" a été finalement très peu en paix au cours de son existence ?
Commentaire n°5 posté par Continuum le 18/01/2010 à 18h36
Cher Continuum,
J'ignorais qu'un film avait été consacré à WF Bach, merci beaucoup pour cette information. Il faudrait maintenant que je puisse le visionner (ça se trouve, vous croyez ?) afin d'apprécier ce que les années 40 voyaient au travers de l'image de ce fils Bach dont une certaine histoire de la musique a fait un ivrogne dont la fin de vie misérable n'était, en fait, que le juste châtiment de la conduite "déviante".
J'avais noté, en revanche, le hiatus entre le prénom de Friedemann et son existence aussi peu apaisée que sa musique. Quelle ironie, comme vous le soulignez justement.
Merci pour votre commentaire et, je l'espère, à bientôt.
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 18/01/2010 à 19h54
Pour avoir omis de préciser que j'ai déjà écouté en extérieur et ce n'est pas l'évocation d'un rêve mais bien une réalité. Ceci explique mon retour, pas un envahissement ...
Commentaire n°6 posté par Marie le 18/01/2010 à 20h27
Tu veux dire, chère Marie, que tu es allée écouter cette musique en plein air ?
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 20/01/2010 à 19h40
Voilà, j'ai effectué un premier survol de ce billet si riche. J'y reviendrai régulièrement et le dégusterai par petits bouts afin d'en apprécier toutes les saveurs...

"aimé des dieux" ou "homme de paix"... deux exemples qui rappellent cruellement (pour eux, s'entend) qu'on peut être un génie dans un domaine particulier et être terriblement démuni face aux petits tracas et compromis quotidiens... être le préféré n'est pas forcément une place de choix dans une fratrie.
Commentaire n°7 posté par La Trollette le 19/01/2010 à 08h21
Je suis très exigeant envers mes lecteurs, chère Trollette, je leur inflige un texte de 3 pages et plus de 30 minutes de musique Je comprends bien qu'il soit nécessaire de s'y prendre à plusieurs fois pour tout digérer et je te remercie de t'être attaquée à pareille tâche.
Tu as raison, la position de préféré n'est pas forcément la plus facile, elle peut porter ou écraser, et on voit ce que ça a donné pour WF Bach, hélas.
Je serais ravi si tu revenais nous livrer tes impressions, une fois que tu auras tout écouté. Est-ce possible ?
A très bientôt.
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 20/01/2010 à 20h01
Cher Jean-Christophe, le film sur WF Bach existe bel et bien en DVD, chez UFA Klassiker Edition. Révisez votre allemand au préalable, car il n'y a vraisemblablement pas de sous-titre français. Bien à vous
Commentaire n°8 posté par Continuum le 20/01/2010 à 17h54
Cher Continuum,
Eh bien, il ne me reste plus qu'à partir à la chasse au DVD et à réviser mes déclinaisons. Vaste programme ! Merci infiniment pour être revenu apporter ces précisions qui, j'en suis certain, ne profiteront pas qu'à moi.
Bien cordialement à vous.
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 20/01/2010 à 20h13
Puisque tu poses la question, c'est oui en réponse et aux endroits indiqués en 4 ... La musique en plein air c'est magique, bien plus que le chant.
Commentaire n°9 posté par Marie le 20/01/2010 à 19h59
Oui, je suis d'accord avec toi, chère Marie, la musique en plein air c'est effectivement parfois magique. Je déplore d'ailleurs que les kiosques se soient faits si rares dans les parcs publics.
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 20/01/2010 à 20h14
Je reviens écouter, juste pour le plaisir, en compagnie d'un hautbois connaisseur et qui apprécie infiniment. Pour apprendre aussi, parce que toujours, ici, mon JC, on apprend, et de façon fort agréable.
Te dire ce que je (nous) préfère(ons) ? Difficile, voire impossible, chaque extrait étant de qualité, chaque composition remarquable, chaque interprétation excellente (une très, très légère réserve pour le premier clavecin qui ne demande qu'à "murir" encore un peu).
Et j'attrappe avec bonheur au passage l'info de Continuum car si je connaissais le film, j'ignorais qu'il en existait un DVD.
Pour ce beau travail, complet, instructif, mais aussi très attrayant, merci.
Je t'embrasse fort mon JC, très fort.
Commentaire n°10 posté par Ghislaine le 20/01/2010 à 20h35
Est-ce que ça paraîtra pompeux, Carissima, si je te dis que penser que tu puisses apprendre quelque chose ici, toi qui en sais tellement plus que moi dans le domaine musical, m'honore infiniment ? Et si s'ajoute à ça le plaisir, alors mon bonheur est complet.
Comme toi, je ne puis me décider à choisir entre les différents extraits, je les aime tous, jusque dans leur petits "défauts" de facture, ce qui explique en large partie que ce billet contienne plus d'une demi-heure de musique, ce qui représente la durée la plus longue que j'ai imposé jusqu'ici à mes lecteurs
J'espère que mes lignes, mais surtout la musique auront donné à celles et ceux qui seront venus ici l'envie d'en connaître plus au sujet de l'aîné des fils Bach.
Je t'embrasse très fort moi aussi.
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 23/01/2010 à 19h43
J'en discutais encore l'autre jour avec une metteur en scène... la culture, c'est du boulot, ça se bouffe pas comme des bonbecs en dodelinant de la tête.

Maintenant que tout est (presque) rentré dans l'ordre côté informatique, je vais pouvoir reprendre un rythme normal de lecturage de blog... et trouver le temps de revenir faire des remarques intelligentes, raffinées, d'une drôlerie croquignolette au sujet de cet article!
Comment ça "spa gagné...." ?!?!


Commentaire n°11 posté par La Trollette le 21/01/2010 à 10h50
C'est un compromis difficile à trouver, chère Trollette, que celui entre exigence et accessibilité, et c'est une lutte de chaque instant dans chacune des lignes que je peux produire : rester clair, à hauteur d'homme, ne pas surcharger de termes techniques ou de ces cache-misère que sont les grands concepts majusculés. Pas simple
Je suis heureux de savoir que tes problèmes de pomme sont réglés et que je vais enfin pouvoir me régaler de nouveau de tes bons mots, bien plus profonds que tu ne le dis
A très vite.
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 23/01/2010 à 19h48
Pour la musique et son créateur tu as tout dit, et si bien...
Alors je ne parlerai que de la peinture, je suis déconcerté par ce portrait et me demande s'il n'est pas posthume ou "rhabillé" plus tard, la coiffure floue, le chapeau en forme et même la redingote fourrée me paraissent plus 1786-90 que vraiment que 1750 date de la mort du musicien.
La main n'en reste pas moins bouleversante par son élégance aristocratique si bien alliée à l'expression toute d'humanisme et d'intelligence.
En revanche je suis un peu gêné par la raideur petit-bourgeoise du pasteur de Zoffany et de la grosse tête de cet enfant qui malgré le sourire qu'il esquisse paraît contraint.
Enfin, et ceci est le plus important, je salue avec enthousiasme cette ardeur déployée à mettre en lumière les "oubliés" comme si la culture n'offrait pas assez d'espace pour plus de diversité.
Commentaire n°12 posté par Henri-Pierre le 30/01/2010 à 19h19
Je sais que le tableau a été nettoyé et que c'est à l'occasion de cette intervention que la signature a été découverte, cher Henri-Pierre. Mais l'oeuvre, s'il a été réalisée du vivant du compositeur (ce que rien n'indique, en l'absence de date clairement mentionnée), ne peut guère être postérieure à 1780, et si elle est de la période de Halle (lieu où elle est conservée), elle ne peut qu'être située entre 1750 et 1764, 1770 au plus tard, si on admet, ce que je ne crois pas, qu'elle a été réalisée après la cessation d'activité officielle de WF Bach. Mystère
Sais-tu que ce que tu reproches à la toile de Zoffany est exactement ce qui m'a porté à la choisir pour illustration principale ?
Je continuerai à laisser le plus de place possible aux oubliés et aux négligés sur ce site, préférant laisser les astres plus "lumineux" à d'autres qui en ont parlé et en parleront bien mieux que moi.
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 30/01/2010 à 19h37
quand même, le mystère de ce costume d'avant garde...
Commentaire n°13 posté par Henri-Pierre le 30/01/2010 à 20h08
... d'autant qu'à Halle, on n'était pas spécialement en avance sur son temps !
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 30/01/2010 à 20h10
Merci beaucoup pour cet article passionnant ainsi que les magnifiques extraits musicaux.

Le premier mouvement de la sinfonia en ré mineur Fk 65 réserve une surprise de taille à ses auditeurs. On constatera facilement que son thème principal est strictement identique au thème du [i]Recordare Pie Jesu[/i] joué par les basses et les cors de bassets, séquence admirable, achevée et orchestrée, de la messe de Requiem KV 626 de [b]Wolfgang Mozart[/b]. 
C'est l'abbé Carl de Nys qui avait relevé ce fait.
Au delà des analogies des destinées des deux musiciens que vous avez signalées à juste titre, Wilhelm Friedmann tend la main à Wolfgang dans cette étrange sinfonia.
Bien amicalement
Piero 
Commentaire n°14 posté par Piero1809 le 20/03/2010 à 08h14
Cher Piero,
Voici un commentaire absolument passionnant qui prolonge de façon inattendue et éclairante les quelques lignes que je consacrais à l'aîné des fils Bach : grand merci à vous. Je me réjouis à double titre de ce que vous nous révélez ici, car ceci confirme deux choses que l'on oublie un peu facilement de nos jours, le fait que la circulation des oeuvres était beaucoup plus importante que ce que nous imaginons, et celui que le soi-disant génie (un mot que je n'emploie pas, ses présupposés étant invérifiables) de Mozart ne "tient" pas lorsque l'on fait parler les sources - ce qui ne veut en aucun cas dire, bien entendu, que ce n'est pas un immense compositeur.
Les "coïncidences" font bien les choses, car vous êtes venu déposer votre commentaire à la fin d'une semaine où j'ai justement bien pensé à vous, en découvrant le début de l'intégrale des Londoniennes de Bruno Weil, qui précède de peu la parution de celle de Marc Minkowski qui doit sortir à la fin de ce mois chez Naïve. L'occasion où jamais de revenir à Haydn, ne trouvez-vous pas ?
Bien amicalement.
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 20/03/2010 à 13h51
Excusez-moi pour la mauvaise qualité de mon commentaire précédent. Voici la référence de l'article de Carl de Nys:

Carl de Nys, Mozart et les fils de J.S. Bach, Colloques Internationaux du CNRS, Paris, 1956. pp91-115.


Commentaire n°15 posté par Piero1809 le 20/03/2010 à 08h28
Ne vous excusez pas, cher Piero, votre commentaire est passionnant... et documenté. J'ai pris bonne note des références et soyez certain que je ne manquerai pas de m'y reporter.
Merci encore.
Réponse de Jean-Christophe Pucek le 20/03/2010 à 13h55

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