Passée des arts



Gustave CAILLEBOTTE (Paris, 1848-Gennevilliers, 1894)
L’Yerres, effet de pluie, 1875.
Huile sur toile, Bloomington, Indiana University Art Museum.
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Flambera ? Flambera pas ? S’il fallait définir d’un mot cette rentrée 2009, ce serait peut-être celui d’incertitude qui s’imposerait le plus naturellement à l’esprit. Paradoxalement, l’été qui est en train de s’achever a tenu la dragée haute à la crise, pour le plus grand bonheur des commerçants mais surtout des politiciens, trop heureux que l’apathie présidant aux mois de juillet et d’août jette le voile le plus opaque possible sur une situation économique plus fragile que ce que certaines rodomontades à l’optimisme plus ou moins frelaté, savamment distillées çà et là dans les média, peuvent laisser supposer.

 

N’est-il pas, dans le contexte difficile, tendu, que nous traversons depuis une année, aussi vain que vaguement arrogant de consacrer un temps qui pourrait sans doute être mieux employé ailleurs à promouvoir des activités aussi foncièrement improductives que lire, écouter de la musique ou aller au musée ? Honnêtement, je ne le crois pas et j’ai même envie de pousser l’impertinence jusqu’à affirmer que c’est justement dans une période comme celle que nous traversons qu’il faudrait, plus que jamais, nous tourner vers ce qui est susceptible, dans tous les sens du terme, de nous élever. On pourra toujours arguer que l’accès à la culture est un luxe, et il est exact que le prix du livre et, plus encore, du disque constitue un véritable frein sur ce point. Cependant, le plus souvent pour une très modeste cotisation annuelle, il existe, en France, un réseau de bibliothèques et médiathèques publiques qui recèle des trésors et où œuvre souvent un personnel formidable. Internet permet, en outre, d’écouter gratuitement un certain nombre d’œuvres (sur Deezer, entre autres) voire de les acquérir, grâce aux sites de produits d’occasion ou aux plateformes donnant accès à des pays où la TVA sur les disques est moins scandaleuse que chez nous, tandis que l’entrée des musées est gratuite le premier dimanche de chaque mois. Autant de bonnes raisons de ne pas laisser passer les occasions de découvrir, d’apprendre, de s’interroger, de s’émouvoir.

 

Passée des arts, dans sa tentative de rendre compte le plus largement possible des expressions artistiques, va connaître quelques aménagements dans les semaines à venir. Si certains d’entre eux sont encore au stade de la réflexion, une nouvelle rubrique, intitulée Signets, permettra bientôt aux livres, récents ou plus anciens, de prendre place sur ce site. N’hésitez pas, chers lectrices et lecteurs, à me faire part de vos remarques et suggestions, car ce lieu ne vit que grâce à vos interventions et au dialogue qui se tissent entre vous, entre nous.
À toutes et à tous, je souhaite une excellente rentrée.
À très bientôt.

 

Camille SAINT-SAËNS (1835-1921), Sonate n°1 pour violoncelle et piano en ut mineur, opus 32 (1872-1873) :
III. Allegro moderato

 

Emmanuelle Bertrand, violoncelle.
Pascal Amoyel, piano.

 

Suite, op.16, Sonate, op. 32, et autres pièces pour violoncelle et piano. 1 CD Harmonia Mundi HMC 901962

Sam 5 sep 2009 32 commentaires

Comme tu as raison cher Jean-Christophe, c’est dans ces moments difficiles qu’il nous faut  se remettre en question, de se tourner vers ce qui peut nous nourrir différemment que les titres et la fortune. Vivre ce n’est pas courir après une situation afin de briller dans la société ou d’être le pantin des banques et politiques… mais pas toujours facile de se « libéré » comme le disait Quignard dans ton dernier billet.

 

Je pense que coté taxe sur les livres et cd il y aurait des efforts à faire, ne dit on pas que nous naissons tous libre et égaux ? Où est l’égalité s’il faut avoir un salaire de ministre afin de pouvoir s’acheter un livre ou un cd de temps en temps vu que le prix représente pour plus d’un les repas pour trois jours…

 

Les mussées et le médiathèques, merci à eux, font l’effort de permettre un accès a la culture à tous. A Strasbourg sera inauguré la nouvelle Médiathèque André Malraux prochainement,  je m’y inscrirais dès son ouverture le 20 septembre.

 

Merci à toi cher Jean-Christophe,  c’est un bien faible mot pour le travail que tu fournis pour nourrir ce blog, mais sache qu’il est une vrai source de connaissances.

 

David (67) - le 05/09/2009 à 14h28

De nouvelles émotions nous attendent donc bientôt entre deux presse-livres où, grâce à tes signets, cher Jean-Christophe, de beaux livres viendront se ranger. Quel bonheur ! S'agira-t-il d'oeuvres en langue française ? Laisseras-tu les philosophes venir y glisser quelques-uns de leurs concepts ? Les essais et les  biographies seront-ils bienvenus ? Les poètes accueillis ? Les dramaturges pourront-ils y dresser leurs planches ? ou bien les romanciers auront-ils ta préférence ?
Quant aux Effets effets de pluie de GC, ils glissent et s'épanouissent comme autant de nénuphars transparents...qu'une belle dame de mes amies viendrait volontiers respirer ! 

Paul - le 05/09/2009 à 15h15
Rien de plus difficile que de faire des ronds dans l'eau ... essais d'ondes. Ondes courtes, bande FM, encore une déviation !
Je n'ai pas les interrogations de Paul quant aux signets, je crois que tes propositions remplaceront avantageusement ce qui nous est "proposé" sur les chaînes. A ton contact, j'ai perdu (presque) tous mes complexes. Tant que c'est écrit en français -fût-il ancien - pas de souci ; il en faut pour tout le monde aussi. Je lis (et relis) les Goncourt de plus de cinquante ans, c'est moins dur que "faire du ménage" ...
Marie - le 05/09/2009 à 18h09
Lorsque j'étais un peu plus jeune, cher David, je me disais que la culture, sous toutes ses formes, était une des choses essentielles qui permettent de rendre la vie supportable. Je le crois toujours, et, pour reprendre les mots qu'Umberto Eco prête à Thomas A Kempis "J'ai partout cherché la paix et je ne l'ai trouvée que dans un recoin, avec un livre".
Comme tu le soulignes, s'offrir un ouvrage, un disque ou l'accès à une exposition amène souvent à se poser la question de savoir si, ce faisant, on pourra manger le lendemain, ce qui est un scandale absolu dans un pays qui se prétend évolué. Aussi, vivent les médiathèques, bibliothèques et autres institutions qui permettent à ceux qui en ont le courage - tu noteras que c'est souvent par peur ou par paresse que les gens ne vont pas vers ce qui les élève - de pouvoir se frotter à tant de trésors et, par leur entremise, de se rencontrer eux-mêmes.
Jean-Christophe - le 05/09/2009 à 18h11
Dans la mesure du possible, cher Paul, je tenterai de laisser la porte de cette nouvelle rubrique la plus largement ouverte pour que viennent s'y inviter, outre le roman, la poésie, le travail des historiens (l'histoire est une autre de mes passions, qui n'apparaît pas clairement sur le blog, mais qui sous-tend tout le travail que j'y mène), des essayistes et peut-être même des philosophes. Tout ceci, bien entendu, dans la limite des moyens qui sont les miens, et qui ne sont, hélas, pas extensibles à l'infini.
Je trouve très juste et très poétique ton rapprochement entre les ronds dans l'eau et les nénuphars. Je suis certain que certaine Dame, là où elle est, en a souri de plaisir
Jean-Christophe - le 05/09/2009 à 19h41
Les choses qui semblent les plus simples sont souvent les plus délicates à réaliser, chère Marie. J'espère parvenir à faire partager ici un peu de mes émotions littéraires, un exercice finalement peu évident, car trouver les mots justes pour parler de ce que l'on aime est parfois bien difficile
"A ton contact, j'ai perdu (presque) tous mes complexes", m'écris-tu : c'est un des plus beaux compliments qui m'ait jamais été adressé, sais-tu, et qui m'émeut profondément. Merci, vraiment. Reviens souvent, s'il te plaît, illuminer ces pages de ton sourire espiègle et tendre qui manquerait terriblement s'il n'était pas là.
Jean-Christophe - le 05/09/2009 à 19h49
Il y eut un septembre où, triste et malheureuse, je devais faire face à une brutale et douloureuse absence. Il y eut un jardin où je me suis promenée et dont les allées emplies de mots, de musique et de couleurs m'ont accueillie et m'ont réconfortée. Ce
jardin, amoureusement cultivé, je ne l'ai plus quitté. Et le jardinier est devenu
passeur. Ceci est un bonheur.
Bonne rentrée à toi mon JC, mon jardinier, mon passeur, mon complice, mon double
sensible, mon doux prince. Que de travail fourni, que de belles pages encore et
d'heureux moments à venir !
Puisse ce lieu prospérer comme il le mérite et les qualités de celui qui l'anime et le nourrit être reconnues et fêtées à leur juste valeur.
Puissent le partage et les échanges complices, chaleureux et enrichissants entre ceux qui y viennent s'y poursuivre.
Puissent les lecteurs et amis continuer à se laisser surprendre et à puiser ici de belles choses.
Et, en passant, merci aux médiathèques et autres structures semblables de permettre à la culture, y compris dans des régions, comme celle où je vis, et où le paraître et le futile sont rois, de s'épanouir en demeurant accessible à tous.
Très heureuse correspondance entre le tableau de Caillebotte à l'atmosphère unique et la sonate de Saint-Saëns aux si belles nuances.
Je t'embrasse fort mon JC. 

Ghislaine - le 06/09/2009 à 17h33
Parmi les belles choses que permet l'univers virtuel de la Toile, celle qui nous a permis de nous rencontrer est une bénédition, Carissima, et tu as si bien résumé ce parcours qu'il serait vain d'y ajouter quoi que ce soit. L'essentiel pourrait être résumé en un seul mot : merci.
J'espère pouvoir trouver assez de force pour poursuivre le chemin entrepris ici il y a bientôt six mois, un nouveau départ qui ferait presque oublier qu'il y eut un "avant Passée des arts", souvenir que tu ressuscites avec beaucoup de pudeur et de sensibilité. Comme tu le sais, confidente privilégiée que tu es, je fourmille de projets, d'envies et si ce n'étaient les obstacles que constituent le temps et les moyens, je pourrais sans doute partager ici mieux et plus. Mais "als ikh kan", comme le disait, paraît-il, le bon van Eyck.
Merci à toi pour ton écoute et tes conseils, précieux pour démêler l'écheveau des idées, pour ta fidélité sans faille.
Je t'embrasse fort moi aussi.
Jean-Christophe - le 06/09/2009 à 20h11
Heureuse initiative, mon cher Jean-Christophe, mais ne penses-tu pas, qu'en dehors de la TVA et des prix, tu dis toi même qu'il existe des possibilités alternatives au "grand marché", il y a aussi un mépris ambiant de la culture, comme de tout ce qui n'est ni agitation, bruit et rentabilité ?
Le mal est ambiant, étendu "culturel" si l'on peut dire.
Il n'y a de sortie du tunnel que dns l'éducation au sens premier du terme.
Henri-Pierre - le 07/09/2009 à 20h14
Je reviens : J'aime Caillebote, mais cette toile que je ne connaissais pas m'émeut profondément.
Henri-Pierre - le 07/09/2009 à 20h17